CHAPITRE V
Dans la cour du château, tout au bas du perron de Leurs Majestés, je vis arrêté le carrosse aux flambeaux. Plusieurs gardes s'étaient groupés autour de cette apparition; d'autres gardes se promenaient en grand nombre, au milieu de la vaste cour; tout était tranquille en ce moment; l'horloge sonnait onze heures; on entendait les pas réguliers de la garde nationale dont on relevait les sentinelles; tout le château avait l'aspect accoutumé. Je pensai que j'étais le jouet d'une folle vision, et que tout ce que j'avais vu appartenait à l'exaltation de ma tête: alors je me rassurai quelque peu, et je ralentis le pas.
La même voiture arrivée au galop, repartit au galop: les sentinelles portèrent les armes, la grande porte se referma, et tout rentra dans le repos.
Cependant, je demandai ma mère. Elle était chez elle; je montai, un domestique vint m'ouvrir.
—Madame n'y est pour personne, ce soir, me dit-il. Il refusa de m'annoncer.
Je voulus entrer dans l'appartement: la porte était fermée en dedans... ce que ma mère ne faisait jamais.
Je grattai à la porte: d'abord on ne me répondit pas; je frappai de nouveau. Une voix faible et tremblante cria:—Que me veut-on?
—C'est moi, c'est moi, Madame, ouvrez-moi!
J'entendis ma mère qui faisait un effort pour se lever; mais elle retomba sur son siége:—Les jambes me refusent tout service, Hélène!
—Je vais ouvrir, Madame, répondit une voix qui m'était bien connue, et la porte s'ouvrit.