Hélène me salua tristement d'un signe de tête; ma mère, à mon aspect, sembla se ranimer, elle me regarda d'un air suppliant. Ce regard me toucha jusqu'au fond du cœur... nous changeâmes alors de rôle, ma mère et moi; elle m'avait guidé jusqu'ici, désormais je comprends que je suis son guide et son appui.
La comtesse avait repris sa place à la fenêtre... elle tenait sa tête entre ses deux mains.
Voyant que l'une et l'autre gardaient le silence:—Je viens de rencontrer Sa Majesté, Madame, dis-je à ma mère avec l'accent de la plus profonde affliction.
—Quelle Majesté? reprit vivement Hélène, et ses joues se couvrirent de rougeur: de quelle Majesté parlez-vous, monsieur?... il y en a tant aujourd'hui!
—Vous savez, ma cousine, que je n'en connais que deux... le roi et la reine. Oui, repris-je et j'ai vu... le roi et la reine dans la rue, à cette heure, et si je viens au palais, cette nuit, c'est pour vous, ma mère! et pour vous sauver, ma cousine, l'une et l'autre de la fureur du peuple, aussitôt qu'il apprendra que ses victimes lui échappent; donc je vous sauve, ou bien je meurs avec vous, choisissez!
—Vous avez vu le roi? reprit ma mère.
—Oui, Madame, le roi, bien déguisé; j'ai reconnu la reine aux flambeaux d'un carrosse qui vient d'entrer dans la cour, il n'y a qu'un instant.
Les deux femmes pâlirent.—Quoi! la reine a rencontré cette fatale voiture?.. s'écria ma mère en joignant les mains.
—Oui, Madame, elle l'a rencontrée; et elle ne s'est pas contenue, elle l'a frappée de son fouet, et quand ces flambeaux ont passé, elle ne s'est plus cachée, et c'est à sa royale allure que je l'ai reconnue; elle doit être bien loin à présent.
—O ma noble maîtresse! ô ma fille! s'écria ma mère, en pleurant, te voilà sauvée. Et béni soit Dieu qui t'a conduite à travers tant d'obstacles! À présent, ma chère Hélène, il ne nous reste plus qu'à la rejoindre, et à partager de nouveau ses périls.