—Mon diamant! dit le vieillard; c'est mon sang! Je vous l'ai montré pour vous faire honneur, comme on dirait à sa jeune épouse ou à sa fille aînée, enfant de seize ans: «Prenez place à côté de notre hôte, et servez-le!» comme on dit à ses valets: «Préparez la plus belle de mes chambres, obéissez à mon hôte!» ainsi je vous ai montré ce que j'avais de plus beau et de plus cher, mon diamant. Je n'ai ni femme jolie à vous montrer, ni jolie enfant à faire asseoir auprès de vous, ni domestiques nombreux, ni musiciens aux voix sonores, ni parfums exquis. J'ai mon vin et mon diamant, des vins qui se boivent à longs traits, un diamant dont les reflets vont jaillir jusqu'au fond de l'âme, un poignard qui tranche. Eh bien, je vous ai versé mon vin à longs flots, je vous ai prêté mon poignard hors de sa gaîne, je vous ai montré toute ma fortune; ainsi j'aurai fait les honneurs de ma maison. Soyez juge de cela, monsieur; et maintenant que je vous ai montré ma femme et ma fille, imprudent que je suis! vous voulez m'enlever d'un seul coup ma femme et ma fille! A présent que vous avez bu mon vin, vous voulez m'égorger avec mon poignard! Non pas, jeune homme, et j'en atteste ici vos dix-huit ans de philosophie et de vertu; tu ne dépouilleras pas le vieillard; tu n'abuseras pas de la lame effilée. Ainsi pleurant, le vieillard était à genoux devant le jeune homme... Il pleurait.

Gustave dit:—Buvons! Il tendit son verre; il le vida d'un trait. La quatrième bouteille fut vidée. Et le diamant était toujours là, brillant comme l'étoile en un ciel nébuleux. Toujours il était là qui lançait sa flamme au cœur du jeune homme: l'ivresse à pleins bords débordait; le diamant étincelait à pleine âme. Et Gustave au vieillard:

—Décidément, dit-il, tu ne veux pas me le donner?

—Tu ne l'auras qu'avec ma vie.

—Encore une fois, mendiant, ton diamant!

—Mendiant! dis-tu: oh! c'est alors que je serais mendiant et misérable, si je te donnais ma fortune, mon nom, mon écusson qui brille sous mes guenilles, la liste de mes ancêtres qui se fait jour à travers mes haillons, mon univers, mon voyage en Italie, mon ciel napolitain, mon prince, mon amour. N'en parlons plus, prends mon sang, frappe, et puis tu dépouilleras à ton aise le mendiant.

A ces mots, il découvrit sa poitrine où le cœur battait vivement.

Gustave leva son poignard avec le plus grand sang-froid, car il était ivre. Il allait frapper!...

Le vieillard changea tout à coup de visage. Il prit et l'habit, et la voix, et le geste, et le regard, et le sourire que Gustave avait toujours connus à son père. C'était le même visage, les mêmes cheveux blancs, la même majesté.

—Gustave, mon fils! mon fils! Gustave, dit-il, frappe donc... Gustave, hors de lui, frappa son père!