Le vieillard tombe en gémissant, son sang coule, le poignard reste cloué à la terre; la terre tremble! Le diamant se couvre d'un voile comme font les pierres précieuses qui pâlissent à l'approche du poison. A ce sang, à ce cri plaintif, à ces pleurs, à cette voix, à ces traits, Gustave recule d'horreur! Il vient de se reconnaître assassin, parricide; au même instant, le vin s'en va de sa tête, le désir de son cœur; il veut laver sa main tachée de sang, le sang reste à sa main; il pleure, il sanglotte, il s'accuse, il accuse le ciel et la terre, il s'arrache les cheveux, il veut mourir!

... Le vieillard reprenant sa première forme, le relève, sa blessure se ferme, le sang s'efface, et le mendiant d'une voix douce:

—N'accuse donc pas les hommes, ô mon fils; et quand la voix d'un vieillard frappera ton oreille, ne te prends pas à chanter une frivole chanson d'amour. O mon fils, dépose ton orgueil! sois humble et doux. Ne déclame pas contre le vice et les vicieux! Je te le disais bien, toi si honnête et si bon, te voilà devenu d'un seul coup assassin, parricide et voleur!

Gustave, éperdu, se jeta aux genoux du magicien, car j'imagine que c'en était un.

—O mon père, dit-il, quelle peur vous m'avez faite: assassin, parricide et voleur! moi, gentilhomme! C'est la faute du vin, mon père!

Et d'un pied furieux il repoussait les bouteilles vides. Le vieillard se prit à le consoler.

—Console-toi, Gustave, tu es honnête et bon. Tu as soulagé ma misère, ce soir, en me sacrifiant un plaisir innocent; je suis resté ton obligé. Regarde! je suis guéri! Mon cœur bat plus calme que le tien. Minuit va venir. Profite de cette heure de la lune nouvelle pour me demander une grâce que je ne puis te refuser...

Et Gustave hésitait...

—Veux-tu mon diamant? dit le vieillard.

—Ton diamant! dit Gustave reculant d'horreur, non, non! Je ne veux rien pour moi!