—Ceci est un grand miracle, me répondit gravement le bandit. J'étais mort depuis une heure, quand mon digne capitaine coupa la corde de la potence. Lorsque je revins à moi, mes yeux rencontrèrent le bienveillant regard d'une femme qui, penchée sur moi, me rendait mon âme.... une âme plus pure et plus forte. Cette femme avait la voix italienne, une grâce italienne, le doux parler, le vif regard, toutes les perfections d'une Italienne. Je crus un instant que je sortais du tombeau et que la madone de saint Raphaël me recevait dans ses bras. Voilà, seigneur, mon histoire de bandit; j'ai promis à ma douce Maria de devenir un honnête homme, si je le pouvais; j'espère en venir à bout par amour pour elle; déjà même, pour être honnête parmi vous, je me suis procuré un habit propre et un chapeau neuf, ce qui est un grand point.
—Il vous faudrait encore un métier, et j'ai bien peur que vous n'en ayez pas.
—Voilà ce qu'on me dit partout, seigneur; et cependant j'ai beau chercher, je n'ai jamais vu qu'un métier menât à quelque chose parmi vous.
—Pensiez-vous être plus heureux en Italie?
—La campagne de Naples, bonne mère, produit chaque matin assez de champignons pour nourrir toute une ville: chez vous, tout se paie, jusqu'à vos champignons qui sont mortels.
—Pensez-vous donc que le métier de lazzarone soit un métier d'honnête homme?
—Il n'y en a pas de plus loyal; on n'est ni maître ni valet; on ne dépend que de soi; on ne travaille que quand il y a urgence, et il n'y a jamais urgence, tant que le soleil reluit là-haut; enfin on peut aller à Rome et faire le tour de Saint-Pierre à genoux, ce qui vaut deux cents indulgences: voilà ce que c'est que d'être lazzarone.
—En ce cas-là, pourquoi donc ne vous êtes-vous pas fait recevoir lazzarone, je vous prie?
—J'y avais bien songé, excellence, me dit-il; Maria elle-même m'en avait prié; mais j'ai trop peur des éruptions du Vésuve.