«Je ne te souhaite pas bonne chance, parce que l'on dit que cela porte malheur; mais je suis bien sûre que tu ne reviendras pas le carnier vide.
—On ne peut pas savoir, répondit le chasseur avec une feinte modestie.
—Je suis si sûre de la justesse de ton coup d'oeil, que Jeannette n'achètera pas de rôti pour le dîner; je compte sur toi. Vous entendez, Jeannette?
—Oui, madame, j'entends,» répondit Jeannette avec un sérieux parfait. Son maître était si beau dans son costume de chasse qu'il ne pouvait manquer de faire de nombreuses victimes.
Azor, en son âme de chien, se disait: «A qui en ont-ils? Est-ce que nous ne partirons pas aujourd'hui?»
Un tout petit oiseau, perché sur une branche à quelques pas de là, chantait à plein gosier; si près de Paris, les petits oiseaux eux-mêmes deviennent sceptiques et moqueurs comme des gamins de Paris. Celui-là savait que l'habit ne fait pas le chasseur, et l'apparence martiale de M. Colin-Tampon l'égayait au lieu de lui inspirer de l'effroi. Si M. Colin-Tampon eût été plus au courant des usages, des moeurs et des superstitions de l'antiquité, il aurait tiré un fâcheux présage du chant moqueur de ce petit oiseau.
Mais M. Colin-Tampon n'était point au courant des usages, des moeurs et des superstitions de l'antiquité. Il y avait à cela d'excellentes raisons M. Colin-Tampon n'avait point fait d'études classiques. Le peu qu'il savait, il l'avait appris dans le Moniteur de la Mercerie, qui se soucie, comme d'une guigne, de l'antiquité et de ses superstitions.
III
M. Colin-Tampon, le coeur plein d'orgueil et de joie, n'eut pas plus tôt fait claquer la grille derrière lui, qu'il éprouva le besoin de sauter, de danser, ou tout au moins de crier, pour se prouver à lui-même combien il était heureux et fier de s'en aller à travers champs, loin des hommes et de la civilisation, courir les aventures sous le clair soleil et le ciel bleu.