Je ne manquerai pas de t’aller voir, mais je suis forcé de choisir mon heure, et par cet horrible froid je ne puis me résoudre à quitter le soir le coin de mon feu. Je suis vieux, mon cœur seul n’est pas atteint par l’âge, et il reste toujours jeune pour mes amis; reste de ceux-là, ma chère enfant, et compte en tout temps sur l’affection, sur l’affection véritable, de ton vieux maître.

Regnier.

A présent, c’est la Vie de Bohème qui la hante. On lui a distribué le rôle de Mimi. Elle est inquiète:

1er avril 1880.

Mon bon Maître,

Si vous saviez quel plaisir c’est pour moi qui vous vois si rarement de vous prouver que je n’oublie rien de tout ce que vous avez fait pour moi, et de venir fidèlement à votre anniversaire vous apporter mes vœux de bonheur et de santé.

J’aurais voulu aller vous dire tout cela de vive voix, mon cher Maître; mais je suis prise toute la journée par les répétitions de Bohème. A cinq heures et demie, lorsque je sors du théâtre, j’ai besoin de rentrer chez moi me reposer, puis travailler encore. Ce rôle de Mimi m’inquiète beaucoup, mon bon Maître: il faut le jouer, je crois, avec une grande simplicité, et être simple c’est si difficile au théâtre.

Je repasse dans ma tête toutes vos bonnes leçons du Conservatoire, et, depuis, tous vos bons conseils dont je me suis toujours si bien trouvée. C’est en suivant la méthode que vous m’avez donnée que je travaille tous mes rôles, et si j’ai du succès dans celui-ci, c’est encore à vous qu’il reviendra.

Merci encore pour tout ce que vous avez fait pour moi, mon bon Maître, je vous en serai toujours reconnaissante.

Votre élève,
G. Réjane.