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'ÊTES-VOUS pas étonné, mon ami, que dans l'énumération succincte d'ouvrages bons à acquérir, j'aie laissé de côté tout ce qui a paru antérieurement au XVIIe siècle? C'est à dessein pourtant que j'ai agi ainsi. J'ai pensé qu'aucun amateur jeune ou nouveau ne commencerait par collectionner ces ouvrages, mais je suis persuadé aussi que tôt ou tard les meilleurs volumes des époques anciennes doivent trouver place dans une bibliothèque bien entendue.
Parmi les livres nombreux qui parurent depuis la découverte de l'imprimerie jusqu'à la fin du XVIe siècle, je vous en citerai quelques-uns, que vous pourrez recueillir si vous les rencontrez chemin faisant, dans vos excursions bibliophiliques. Puis je vous dirai quelques mots des manuscrits de la Renaissance ou antérieurs à cette brillante époque.
Outre les éditions princeps des grands classiques anciens, comme Homère et Virgile, que je vous ai citées, et aussi celles de quelques autres auteurs grecs ou latins, poètes ou historiens, il est intéressant de posséder les éditions les plus anciennes des principaux écrivains français et étrangers, poètes ou conteurs surtout, comme le Rommant (sic) de la Rose, édition sans date, gothique, à 2 colonnes, que l'on suppose imprimée vers 1483 à 1485, par Guillaume Leroy, à Lyon; ou encore une des éditions de ce curieux ouvrage, imprimées par Vérard, ou celle de Galiot du Pré, 1529. Ce poème, amoureux, satirique, contre les femmes, et même quelque peu libertin, est toujours recherché. On y opposa à la même époque le Champion des Dames, dont plusieurs éditions sont intéressantes et estimées.
L'un des principaux recueils de contes du temps, les Cent Nouvelles nouvelles, composé, dit-on, à la cour de Louis XI, par les jeunes seigneurs de son entourage, est un livre de premier ordre. On pourrait chercher sans la trouver, pendant bien des années, l'édition originale gothique de Vérard, 1486, car elle est d'une rareté insigne. Mais on peut se contenter d'une de celles qui ont paru jusque vers 1532, car toutes ont de la valeur et sont plus ou moins recherchées. Bien des amateurs achètent une édition plus récente, celle de 1701, en 2 volumes in-12, dont le texte n'est pourtant pas bon, mais qui contient de curieuses gravures à l'eau-forte, par Romeyn de Hooghe; de même qu'ils recherchent aussi l'édition de Boccace, en français, de 1697, 2 volumes in-12, avec figures du même artiste.
Quant au Boccace, outre l'édition originale, si précieuse, du Decameron, en italien, publiée à Venise, chez Valdarfer, en 1471, les grands amateurs estiment beaucoup les éditions françaises de la fin du XVe siècle ou du commencement du XVIe.
Les premières éditions du XVe siècle, de Gringoire, de Coquillart, sont d'une grande rareté, quelques amateurs les payent très cher; mais ce sont là des livres dont le mérite littéraire est contestable; ils rentrent plutôt dans le domaine de la curiosité que dans celui de la bibliophilie.