On trouve plusieurs amateurs d'autographes ou de livres annotés par des écrivains du XVIIIe siècle. Ceux de Regnard, Le Sage, Voltaire, J.-J. Rousseau, Diderot, d'Alembert, Montesquieu, Beaumarchais, Bernardin de Saint-Pierre, André Chénier, sont les plus estimés. D'autres collectionneurs s'attachent à trouver des écrits de la main de personnages célèbres, dans l'histoire ou dans les sciences et les arts, de toutes les époques. Enfin beaucoup de bibliophiles actuels se sont mis à rechercher les autographes de nos célébrités en tous genres, surtout ceux des littérateurs, des artistes du XIXe siècle. Comme ce goût est beaucoup plus facile à satisfaire, le nombre des amateurs augmentant chaque jour, il s'ensuit une rivalité, une émulation, qui font monter les prix; de sorte qu'on arrivera peut-être prochainement à payer plus cher les autographes intéressants modernes que les anciens.

Il est curieux de joindre à un volume qui nous intéresse une ou plusieurs lettres autographes ou des notes de l'auteur, surtout lorsque ces notes ou ces lettres sont relatives à l'ouvrage. Les dédicaces d'auteurs, écrites de leur main et signées, donnent encore aux livres un certain charme et en augmentent la valeur. Et lorsque ces lettres, ces notes ou ces dédicaces viennent d'écrivains illustres ou aimés, surtout si ces écrivains n'ont pas prodigué leurs correspondances, les amateurs se les disputent avec tant d'acharnement que le prix en devient parfois très considérable. Telles les lettres d'Alfred de Musset, qui sont d'une grande rareté et dont la moindre, un simple billet signé, se vend de 50 à 100 francs. Quelques-uns de ses manuscrits publiés se trouvaient à la vente faite après le décès de son frère, Paul de Musset. Ils ont atteint de très grands prix; chaque amateur ou littérateur présent tenait à posséder un souvenir, une relique du charmant poète. Des livres de lui, portant des dédicaces autographes, ont été enchéris à un prix double du prix ordinaire, et des pièces de vers de sa main, signées ou non signées, se sont vendues 150 à 200 francs au moins, quelques-unes même beaucoup plus cher.

Les lettres, ou pièces de vers, ou dédicaces de Victor Hugo, tout en étant recherchées, ont beaucoup moins de valeur. On sait la prodigalité avec laquelle le grand poète a éparpillé ses correspondances. Il n'est guère de personne ayant désiré posséder une de ses lettres, qui n'ait réussi à l'obtenir, même en la lui demandant directement. Ses pièces de vers sont plus rares; ses ex dono existent en grand nombre, et malgré cela on les recherche. Les autographes de Lamartine ne sont guère moins nombreux et valent à peu près autant.

Balzac a écrit une grande quantité de lettres; mais elles présentent presque toutes un certain intérêt, de même que celles de George Sand. Les livres avec dédicaces ou envois de ces deux illustres écrivains se rencontrent bien plus difficilement que leurs correspondances.

On paye cher encore les autographes de Théophile Gautier et on en rencontre rarement, surtout des pièces de vers signées ou des lettres importantes. Les écrits de Stendhal (H. Beyle), Mérimée, Gérard de Nerval, Henri Murger, Pétrus Borel, Alfred de Vigny, Baudelaire, Auguste Barbier, Thiers, Michelet, Béranger, sont très convoités. Les lettres de Béranger sont nombreuses, mais souvent intéressantes; on recherche beaucoup les originaux ou copies autographes de ses chansons, pour les placer dans les belles éditions de ses œuvres, en regard des chansons imprimées.

Les bibliophiles joignent souvent aux ouvrages illustrés des lettres ou notes autographes des artistes qui y ont collaboré; c'est intéressant, lorsque ces lettres ou ces notes ont trait à l'ouvrage et à leurs dessins. On achète beaucoup, pour ce motif, les autographes de Grandville, Gavarni, Henri Monnier, A. de Lemud, Gustave Doré, Charlet, Raffet, Alfred et Tony Johannot, etc.... Les volumes ainsi augmentés présentent un certain attrait; mais il ne faut pas qu'ils soient bourrés d'autographes, comme nous en avons vu quelques-uns, formés par des amateurs sans goût. Car, mon cher ami, il faut bien avouer avec résignation que dans notre aimable et chère confrérie, il y a bien parfois des gens auxquels le goût manque tout à fait, et aussi le raisonnement, et aussi le bon sens, etc.... Ce qui étonne fort le commun des mortels, qui s'imaginent avec quelque raison, mais d'une façon un peu trop absolue, que les livres devraient leur inculquer tout cela.

A toutes les époques, au temps passé, comme de nos jours, les écrivains eurent l'habitude, en offrant quelques exemplaires de leurs ouvrages, à des amis ou à des personnages de marque, d'écrire sur le premier feuillet une dédicace ou ex dono. Les livres qui possèdent ainsi un ex dono autographe de l'auteur sont recherchés et acquièrent une plus-value proportionnelle à la célébrité de l'écrivain.

On trouve un certain nombre d'ouvrages du XVIe siècle et du XVIIe avec la simple mention: Pour Monsieur X..., sur le premier feuillet, puis la signature de l'auteur. Plus tard, les dédicaces furent plus étendues et plus respectueuses; ainsi je possède une des éditions originales de Boileau, avec cette dédicace autographe du fameux satirique à l'un de ses frères:

«Pour Monsieur Boileau, payeur des rentes, par son très humble et très obéissant serviteur,

Despréaux.»

Cette habitude se continua au XVIIIe siècle, et la formule n'en fut pas sensiblement modifiée.