De nos jours les dédicaces et ex dono sont très nombreux et la forme en est variée à l'infini, tantôt solennelle, tantôt gaie, tantôt bizarre, tantôt tendre et passionnée, tantôt fine et mordante. Ce sont quelquefois des vers, un distique, un quatrain, plus rarement un sonnet; mais le plus souvent c'est ce qu'on appelle simplement un envoi, avec les mots, A Monsieur un tel ..., ou A mon ami un tel, suivi des mots: Hommage de l'auteur, accompagnés d'un ou de plusieurs qualificatifs.

Les ex dono ou envois les plus recherchés d'écrivains de nos jours sont ceux d'Alfred de Musset, de Victor Hugo, de Théophile Gautier, de Lamartine, de Balzac, d'Émile Augier, de Baudelaire, de George Sand, de Gérard de Nerval, etc.... Et lorsque les envois autographes sont accompagnés de réflexions piquantes ou d'allusions satiriques, ou de déclarations amoureuses, comme cela arrive souvent quand ils s'adressent à des femmes artistes ou à des déesses du demi-monde, le volume qui les porte acquiert quelquefois une grande plus-value.

Voulez-vous que je vous en cite deux ou trois, que j'ai sous la main? Celui-ci est du spirituel auteur de quelques livres amusants, Gustave Claudin, qui vient de publier un volume de Souvenirs rempli d'intérêt, quoique un peu suranné.

L'ex dono est écrit sur la première page d'un livre intitulé Paris, qui parut en 1862, et il est adressé à une fameuse «beauté» contemporaine:

«A ma chère Anna Dellion, à la Beauté absolue. Ce n'est pas à l'hôtel des Trois-Empereurs, mais à celui de tous les Dieux que vous devriez habiter. Vous êtes belle.

Gustave Claudin.»

Et au-dessous:

«Pardonnez-moi le chapitre XIII. Il ne vous concerne pas. Lisez-le.»

En effet, le chapitre XIII, consacré au Plaisir, renferme quelques pages assez vives, contre «ces demoiselles», et l'auteur a fait acte de galanterie, en prévenant la dame en question avant de la laisser séjourner devant ce miroir, où elle aurait pu à peu près se reconnaître.

Un autre, un peu emphatique, quoique plein de sentiment et de chaleur, écrit par Alexandre Dumas le père, sur un exemplaire que je possède de sa tragédie l'Orestie, parue en 1856:

«A la mort et à l'exil.—A Dreux et à Guernesey.—Au duc d'Orléans et à Victor Hugo.—Celui qui les a aimés, les aime et les aimera éternellement, dédie ce succès de l'Orestie.

Alexandre Dumas.»