—J'ai la foi.
Sonia, malgré ses principes, ne se pique pas d'une honnêteté parfaite ; pour elle, tout s'excuse quand on aime : elle a aimé.
—Qu'est donc devenue cette femme de chambre qui était ici l'an dernier au moment de mon départ ?
—On l'a renvoyée, fait Sonia ; elle se conduisait mal.
Et comme j'exprime mon étonnement, Sonia me répond :
—Bah ! elle disait que c'était en elle une nécessité ; elle est si jeune ! c'est bien naturel...
Telle est la morale de Sonia, la cuisinière, une laide fille dévouée et bonne comme un terre-neuve, travailleuse comme une fourmi, et à laquelle n'importe qui, dans la maison, confierait sans la moindre inquiétude une grosse somme d'argent. Pieuse à sa façon, honnête d'après sa définition, cette pauvre fille est encore tout près de la nature : c'est un bel exemple d'inconsciente immoralité. Je me demande seulement ce que la vie donne à ces pauvres êtres.
L'autre dimanche, chez T., au milieu d'une conversation animée, je vois entrer un petit vieillard bien tenu. Il est gentiment mis, propret dans son veston collant ; il a une cravate fraîche, un col et des manchettes blanchis à neuf ; il est rasé avec soin : une tenue d'un négligé très raffiné. Un petit nez rosâtre en l'air, une petite moustache grise, fine et courte, le crâne haut et plein, mais tondu si ras qu'il a l'air tout nu, d'une nudité amusante, d'une nudité de petit enfant qu'on démaillote. Ce petit homme est gourmet : il savoure le thé, lèche les confitures, croque les petit gâteaux avec des mines de connaisseur : très entouré des femmes, il conte, derrière ses lunettes, des choses fort graves, semble-t-il, mystérieusement.