—Mais un cheval ?
—Non plus. J'en avais un, mais je l'ai mangé[9].
[9] C'est-à-dire : je l'ai vendu pour me nourrir.
—A combien ?
—A deux roubles !
Et il n'est pas le seul. Dans tout le département de Loukoyanof, de 75 000 chevaux, qui existaient à l'entrée de l'hiver, il n'en reste plus que 26 000. Or, un paysan russe qui n'a pas de cheval est ruiné, car ses champs restent incultes.
Nous trouvons dans une isba une vieille femme ridée, ratatinée, occupée à faire manger de la semoule à un jeune enfant.
—Tu reçois du pain ?
—Non, batiouchka, j'en ai à moi. D'abord, nous avons accepté des semences ; mais depuis, nous les avons rendues, car c'est un péché, vois-tu, de conserver ce dont on peut se passer...