—Eh oui, je suis Français ; qu'est-ce que cela peut vous faire ?

—Vous venez de Marécevski Khoutor ?

—Certainement !

—Où vous étiez avec G.

—Sans doute !

—Qui a voulu se battre en duel avec J.

—Ah çà ! mais ! fis-je, en me levant du banc, cela ressemble à un interrogatoire : êtes-vous ivres ou plaisantez-vous ?

—C'est bien en effet un interrogatoire. Monsieur que voilà est le chef de la gendarmerie ; moi, je suis le substitut du procureur de Nijni Novgorod—et nous sommes venus pour instruire, entre autres, une affaire à laquelle vous êtes mêlé.

—Une affaire ? moi !

—Certainement, et une affaire grave. Oh ! nous savons tout, allez ! comment G. vous a fait venir pour lui servir de témoin contre J. ; puis, comment, après que J. eut refusé de se battre, vous avez tenté de l'assassiner. On vous a vus—il y a des témoins dignes de foi,—lui dresser un guet-apens sur une route : vous avez caché vos chevaux dans des buissons, où vous vous êtes dissimulés vous-mêmes, le revolver au poing. Si une vieille dame, chez qui se trouvait J., prise d'une espèce de pressentiment, n'avait empêché son ami de partir cette nuit-là, c'en était fait de lui !