—J'y étais ! Et Siméon nous raconte en mots rares et mesurés ses impressions du siège. Il en a surtout vu la misère, la souffrance endurée ; il ne parle pas du sentiment du danger.

—Tu aimes mieux être ici que sous la pluie de balles, hein, grand-père ?

Nitchévo ! j'étais jeune alors, répond Siméon avec un faible sourire énigmatique.

—Ils se battaient bravement, ces Français ? demande Valodia, que le récit du vieillard intéresse, et qui reste bouche bée, attendant la réponse, sa soucoupe pleine de thé, soutenue en équilibre sur les cinq doigts réunis en forme de coupe.

—Bravement ! fait Siméon, redevenu sérieux ; bravement ! je dois le dire.—Et, comme ça, maintenant, vous voilà devenus nos amis, à ce qu'on dit ? fit-il, se tournant vers moi.

—Mais oui ! à ce qu'il paraît.

—La Russie est forte, l'homme russe est fort ! conclut Siméon... Puis il reprit : Ça coûte cher, pour venir de chez vous ici ?

—100 roubles à peu près.

—100 roubles ! et autant pour retourner ! avec cela, nous serions riches, nous... Et chez vous, les paysans sont habillés comme nous ? Et leur nourriture ?... Pourquoi êtes-vous venu ici ? vous êtes parent de Michel Fiodorovitch ?...