Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant. Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution.
...Les clauses de ce contrat, bien entendues, se réduisent toutes à une seule, savoir l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté; car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous; et, la condition étant égale pour tous, nul n'a intérêt de la rendre onéreuse aux autres. (Rousseau en est sûr...) De plus, chacun, se donnant à tous, ne se donne à personne; et, comme il n'y a pas un associé sur lequel on n'acquière le même droit qu'on lui cède sur soi, on gagne l'équivalent de ce qu'on perd, et plus de force pour conserver ce qu'on a.
(Oh! c'est d'une excellente logique, et c'est très bien sur le papier.)
...A l'instant, au lieu de la personne particulière de chaque contractant, cet acte d'association produit un corps moral et collectif, composé d'autant de membres que l'assemblée a de voix; lequel reçoit de ce même acte son unité, son moi commun, sa vie, sa volonté...
Cet être collectif est appelé État quand il est passif, souverain quand il est actif... A l'égard des associés, ils prennent collectivement le nom de peuple, et s'appellent en particulier citoyens, comme participant à l'autorité souveraine, et sujets, comme soumis aux lois de l'État.
Et voici comment le système doit fonctionner, pour que les hommes soient aussi heureux et, paraît-il, aussi libres que possible.
Le peuple fait la loi en tant que souverain.—Le peuple obéit à la loi en tant que sujet.—Le peuple applique la loi en tant que prince ou magistrat, en nommant, pour l'appliquer, non pas des «représentants», mais des «commissaires».
C'est le gouvernement direct et continu du peuple par le peuple.
Et voici ce qui est impliqué dans ce système:
1º L'égalité absolue des citoyens.—Pour que cette égalité demeure, il ne faut pas que le citoyen fasse partie d'un autre groupe que l'État, qu'il subisse une hiérarchie privée. Donc, aucune société partielle, aucune association, aucune corporation. «Autrement, on pourrait dire qu'il n'y a plus autant de votants que d'hommes, mais seulement autant que d'associations.»