Mais cet éclaircissement causa un vacarme terrible; la mère donna des marques de fureur et de désespoir, comme si Molière avait épousé sa rivale.

Ces détails sont-ils de ceux que Grimarest dit tenir de Racine? Pourquoi non? Mais quel drame! et quelle comédie! Et nous savons la suite et tout ce que Molière toléra sans parvenir à l'indifférence.

Il souffrit encore de bien d'autres manières. Il semble avoir voulu jouer,—dans un temps où c'était moins facile qu'aujourd'hui et deux siècles avant Irving,—au comédien-gentilhomme. Il avait des façons de grand seigneur, ou tout au moins d'épicurien-dilettante: fastueux, aimant le luxe; déjà collectionneur d'objets d'art; très généreux.

Il était, dit Grimarest, naturellement libéral. Et l'on a toujours remarqué qu'il donnait aux pauvres avec plaisir, et qu'il ne leur faisait jamais des aumônes ordinaires.

Quelques traits de caractère, qui sentent ou l'épicurien, ou l'homme qui est sans doute, mais qui veut aussi paraître, fort au-dessus de son état:

C'était, dit Grimarest, l'homme du monde qui se faisait le plus servir. Il fallait l'habiller comme un grand seigneur, et il n'aurait pas arrangé les plis de sa cravate.

Et ceci qui est contre l'opinion commune:

Il ne travaillait pas vite, mais il n'était pas fâché qu'on le crût expéditif.

Et Grimarest raconte que, lorsque le roi lui demanda un divertissement et qu'il donna Psyché en janvier 1672, Molière laissa croire que ce qui était de lui dans cette pièce ne fut fait qu'à la suite des ordres du roi: mais, «je sais, ajoute Grimarest, que la pièce était sur le métier depuis un an et demi et que, s'il eut recours à Corneille, c'est qu'il ne pouvait se résoudre à l'achever en aussi peu de temps qu'il en avait».

Il est possible, et «le temps ne fait rien à l'affaire». Mais il est probable qu'avec un tel caractère Molière devait sentir assez douloureusement certaines nécessités un peu désobligeantes de sa profession.