Les âmes de gloire effrénées,
Par un essor inattendu,
Se plongent dans leurs destinées
À travers l'obstacle éperdu.
—De qui sont ces vers? Ne dirait-on pas du Victor Hugo tout pur? «Obstacle éperdu», surtout, porte bien la marque du poète des Contemplations. Ne serait-ce pas le commencement d'une strophe des Mages? Si ces vers ne sont point de Victor Hugo, ils sont donc de M. Clovis Hugues. En tout cas, ils ont dû être écrits dans ces cinquante dernières années.
Eh bien, ma cousine, ces vers sont d'Écouchard Lebrun en personne (Ode sur l'enthousiasme). J'ai été bien surpris de les rencontrer dans un vieux petit bouquin intitulé Recueil de poésies du second ordre que j'avais pris au hasard dans la bibliothèque de mes hôtes pour lire en voyage.
Là-dessus, je me suis mis à me réciter des vers. On est très bien pour cela en wagon, la nuit. Tandis que la lumière de la lampe danse sur les visages renversés des dormeurs et, lorsqu'ils remuent, allonge sur la paroi des ombres soudaines et fantastiques, vous appliquez votre oreille contre la portière et, dans les vibrations de la vitre mêlées au grondement des roues, vous entendez tout ce que vous voulez, même des scènes d'opéra avec leur orchestration complète. Les vers que je me récite, il me semble qu'ils sont chantés dans l'ombre par une mystérieuse voix d'harmonica...
J'en cherche, par amusement, qui puissent, comme ceux d'Écouchard Lebrun, servir «d'attrape». Voici ce que je trouve d'abord:
Ces herbes ne sont pas d'une vertu commune;
Moi-même en les cueillant je fis pâlir la lune
Quand, les cheveux flottants, le bras et le pied nu,
J'en dépouillai jadis un climat inconnu.
Ces vers sont de Corneille (Médée); ils pourraient à la rigueur être de Leconte de Lisle.
Et celui-ci:
J'ai montré ma blessure aux deux mers d'Italie.