Justement, ce sont aussi des feuilles d'arrière-automne, ces Poèmes épars, de mon respectable ami M. Édouard Grenier, que j'ai pris avec moi pour faire le voyage. Lisez-les, ma cousine; lisez particulièrement, dans ce livre d'un sage, les Sonnets et les Rayons d'hiver.
Il serait peut-être inexact de dire que M. Édouard Grenier est encore jeune; mais il serait également faux de dire qu'il ne l'est plus. En tous cas, il a imaginé une façon bien spirituelle de ne plus l'être.
Vous vous rappelez les beaux vers de Sully Prudhomme:
Viennent les ans! J'aspire à cet âge sauveur
Où mon sang coulera plus sage dans mes veines...
Le noble poète des Épreuves songe qu'il sera un jour «affranchi du baiser», et il ajoute avec une triste joie,—ah! si triste au fond:
Et vous! oh! quel poignard de ma poitrine ôté!
Femmes, quand du désir il n'y sera plus traces,
Et qu'alors je pourrai ne voir dans la beauté
Que le dépôt en vous du moule pur des races.
Eh bien, M. Grenier a su ne pas retirer tout à fait de son cœur vieillissant le poignard cruel et délicieux. Que dis-je! C'est depuis que les premiers «rayons d'hiver» ont touché son front qu'il a su se faire un plus riche sérail. M. Grenier est le don Juan paternel des amitiés féminines.
Les pâles amitiés remplacent les amours,
nous dit-il. Ne le croyez point: elles ne sont pas si pâles. Le sentiment qu'il voue à ses amies est encore un peu l'amour. Il en garde les formes extérieures, les caresses de langage et, si je puis dire, la liturgie, et même, parfois, les inquiétudes, les vivacités, les ardeurs. On devine, à certains passages, que le doux poète s'est fait gronder, tout comme un jeune homme, par ses belles amies. Il s'excuse, à plusieurs reprises, de la chaleur de ses adorations:
La nature m'a fait d'une argile trop tendre,
Et j'aime à me donner, même sans recevoir.