Mais, le plus souvent, il a l'adresse charmante de s'en tenir au rôle de consolateur. Son amour, qui flatte sans effrayer, lui vaut du moins des confidences d'une espèce particulière, la confidence des douleurs qui viennent de l'amour. Les jeunes femmes sentent que son cœur est tout à elles et l'en récompensent en lui parlant de leur propre cœur...

... Hélas! toutes ou presque toutes,
Dans ce noble et charmant essaim,
Perdent leur sang à larges gouttes
Et portent une plaie au sein.

Pas une qui n'ait sa blessure:
L'une, après des jours triomphants,
De rien au monde n'est plus sûre;
L'autre a perdu tous ses enfants.

L'autre, encor si digne qu'on l'aime,
N'a rencontré qu'un cœur glacé;
Tout a trompé la quatrième
Dans le présent et le passé...

M. Édouard Grenier a trouvé ceci, d'être l'ami des heures douloureuses, de ces heures où l'amitié s'attendrit et se livre au point d'imiter un peu, au moins dans ce qu'ils ont de purement sentimental, les abandons de l'amour. Comprenez-vous?

L'auteur des Poèmes épars est donc un sage bien ingénieux. Nous l'envions. Peut-être aussi envie-t-il ceux qui n'ont pas encore besoin de tant d'ingéniosité?... De là la grâce mélancolique répandue sur ce petit livre.


Paris, le 15 novembre.

Je viens de lire avec le plus vif intérêt une brochure anonyme: La Vérité sur Mgr Darboy (Gien, Paul Pigelet, éditeur). C'est la réponse serrée, véhémente, spirituelle souvent et incisive, d'un prêtre ultramontain à deux biographes de l'ancien archevêque de Paris: l'abbé Guillermin et le cardinal Foulon.

Je ne puis analyser l'ouvrage ni en discuter le fond: la place me manque, et sans doute la compétence. Mais je vous dirai l'impression singulière que j'ai eue en le lisant. J'y ai senti à l'improviste quel abîme (et principalement depuis le concile du Vatican) peut séparer la pensée d'un honnête homme plutôt chrétien, comme je suppose que vous êtes, de la pensée d'un prêtre catholique.