Il est sans doute fort inutile de le dire, mais il fallait que cela fût dit.[Retour à la Table des Matières]

LES LEGS DE L'EXPOSITION
PHILOSOPHIE DE LA DANSE

Les legs de l'Exposition! Il y en a de sérieux et d'excellents; il y en a de gais; il y en a de fâcheux.

Je crois fermement qu'il faut mettre au nombre de ces derniers la danse du ventre.

Car tous ces ventres algériens, tunisiens, égyptiens et marocains, ces ventres d'almées et d'odalisques, de Zoras et de Fatmas, qui déplaçaient en mesure leurs paquets d'entrailles à l'Esplanade et dans la rue du Caire, ces ventres nous sont restés. Même, ils se sont encore dévêtus et s'étalent plus effrontément. Il y a un établissement de plaisir, et des plus à la mode, où, sous un léger tricot de coton rose, ces ventres travaillent à deux doigts du nez des spectateurs, dont ils frôlent les binocles.

Ce n'est pas tout. Les Fatmas et les Zoras ont fait école. Les personnes légères de chez nous se sont mises à les imiter, par divertissement. Je m'étais laissé dire, quand j'habitais Alger, que, pour former les moukères à cette danse éminemment significative, on était obligé de les prendre toutes petites, et qu'elles piochaient ferme, et que ces exercices déterminaient souvent, chez les jeunes sujets, des désordres intestinaux, si j'ose m'exprimer ainsi. Les moukères de Paris sont plus résistantes. Telle petite cabotine est arrivée du premier coup à reproduire sans douleur ces trémoussements redoutables et se taille ainsi de jolis succès après souper, entre intimes.

Ainsi la danse d'Orient nous envahit, et c'est pourquoi je ne crains pas de jeter ici le cri d'alarme, non en moraliste (je sens trop mon indignité), mais en brave Occidental et en honnête Arya que je suis.

Cette invasion, si elle se poursuivait, serait déplorable. Notre danse est si supérieure à celle-là par la grâce, par l'esprit, par la décence!

La danse de chez nous et celle de là-bas expriment bien réellement deux âmes différentes et même contraires, deux races, deux civilisations.

La danse d'Orient est, par essence, un solo et un spectacle.