M. Barbey d'Aurevilly vient de rendre à Dieu son âme généreuse et sonore de catholique, de chouan, de dandy, de romantique et de mousquetaire. Or il meurt, après avoir écrit de quoi faire quarante volumes, illustre et inconnu. Il meurt inconnu, après un demi-siècle de conversations empanachées.
Car, d'abord, on ne saura jamais à quel âge il est mort, et s'il est né en 1807 ou en 1811.
On ne saura jamais ce qu'il a fait pendant vingt ans de sa vie, de 1830 à 1850. Il ne l'a dit à personne. Plusieurs prétendent qu'il tint à cette époque un magasin de chasubles dans la rue Saint-Sulpice. Mais les preuves font défaut.
Enfin, on ne saura jamais si cet homme mystérieux soutenait un rôle (très noble et très innocent, d'ailleurs), ou s'il fut sincère, ni dans quelle mesure il le fut et ce qui se mêlait de gageure à sa sincérité ou de candeur à sa comédie.
Il emporte avec lui ces trois secrets.
Les chroniqueurs vont rappeler ses mots. En voulez-vous quelques-uns? Je vous avertis qu'ils perdent à être écrits. Ils valaient beaucoup par la voix, l'accent, le sang-froid, la majesté du personnage.
Un ami le rencontre un matin, corseté et la taille cambrée suivant son habitude:
—Parbleu, monsieur d'Aurevilly, vous voilà merveilleusement sanglé dans cette redingote!
Il répondit:
—Monsieur, si je communiais, j'éclaterais!