Le ciel, entre les dieux les plus considérés,
Me donne pour partage un rang considérable,

ni le général Brugère, costumé en Éole, et l'excellent colonel Lichtenstein, déguisé en Triton, reprendre en chœur:

Redoublons nos concerts
Et faisons retentir dans le vague des airs
Notre réjouissance.

Je vous assure, ma cousine, que je constate sans amertume ces petites différences. Car le spectacle était charmant, hier, dans le jardin du président. Il faudrait la phrase papillotante d'Alphonse Daudet pour vous dire les taches claires des toilettes dans les allées tournantes, sous les grands vieux arbres et, sur la molle descente de la pelouse vers un petit étang à canards, la gaieté des tentes rayées de rouge, d'où les musiques s'envolent par bouffées; et, çà et là, parmi le sombre des redingotes et des jaquettes et le chiffonnage joli des robes printanières, la majesté soudaine d'un grand burnous blanc...


G..., 2 juillet.

Je suppose, ma cousine, qu'un jeune homme soit amoureux de vous. Vous ne le connaissez que de vue et il ne vous a pas été présenté. Mais vous le rencontrez partout sur votre chemin. Il vit sous vos fenêtres. Quand vous sortez, il vous guette au coin de la rue. Bien qu'il ne soit qu'un mécréant, chaque fois que vous entrez à l'église, il est là, derrière votre chaise, et pendant que vous priez, vous sentez son regard sur votre nuque penchée...

Cela dure depuis huit ou dix mois. Je suppose que tout ce manège ne vous ait pas exaspérée, qu'il ait, au contraire, piqué votre curiosité, que vous vous soyez peu à peu intéressée à ce garçon bizarre et que, sur sa prière, vous ayez permis à des amis communs de vous le présenter. Je suppose enfin que, la veille du jour où l'on doit vous l'amener, un hasard fasse tomber entre vos mains le carnet mystérieux où ce jeune homme a noté ses impressions quotidiennes et toute l'histoire de cette passion. Ce sont des vers. Vous vous dites, avant de les lire, qu'ils sont probablement mauvais, mais que, puisqu'il vous adore, ce sont apparemment des vers fort amoureux. Vous courez aux dernières pages pour voir tout de suite où en est ce pauvre garçon ... et vous tombez d'abord sur ceci:

Est-ce bien sûr que je l'adore!
D'amers plaisirs m'ont perverti;
J'ai peur de moi, j'ai tant menti...
Il ne faut pas me croire encore.

Vous songez là-dessus: «Eh! là là, monsieur, qui vous dit qu'on soit si pressée de vous croire?... D'ailleurs, on ne vous force pas, et l'on ne vous demande rien.» Vous tournez deux ou trois pages; vous arrivez à une assez longue pièce datée du jour même où votre soupirant a su qu'il serait reçu chez vous, et vous lisez ces jolis petits vers octosyllabiques: