Secondement, j'aurais voulu voir le feu d'artifice. Pourquoi pas? Je n'en ai point vu depuis ma petite enfance, sinon partiellement et de très loin. Je rêvais d'en voir un sérieusement, d'aussi près que possible, et du commencement jusqu'à la fin. Mais pour cela j'aurais été obligé d'attendre longtemps, debout, dans la foule. J'y ai renoncé. C'est toujours ainsi. Il faut, pour prendre sa part des divertissements populaires, une force d'âme que je n'ai pas. La foule est admirable de douceur et de résignation gaie. Elle passe des journées dans une attente et dans une immobilité fatigante pour un plaisir d'une demi-heure. Ses joies (comme la plupart de ses travaux) impliquent un don d'extraordinaire patience...

N'ayant donc pas les vertus qu'il faut pour bien voir un feu d'artifice, j'ai repris mon long vagabondage à travers les rues. Un attrait mystérieux m'a conduit au Chat-Noir. Je pense que c'est l'endroit de Paris où l'on a fait le plus de bruit la nuit dernière. Un orchestre sauvage y faisait danser la population sur la chaussée. J'ai trouvé là le chansonnier Jouy, les humoristes Allais et Auriol, Tinchant, Dézamy et beaucoup d'autres occupés à taper sur des choses sonores... Cela m'a paru fort désagréable au premier moment; puis, je m'y suis fait. Même, au bout de cinq minutes, j'étais parfaitement heureux. Il n'y a encore, voyez-vous, que les joies simples.


Paris, 17 juillet.

Sans doute, ma cousine, elle serait superbe, leur Exposition, si on pouvait la voir.

Mais, bien que j'y sois allé une vingtaine de fois, je ne puis dire encore que je l'aie vue; et il est probable que je ne la verrai jamais.

Pourquoi?

Parce qu'il y a trop de monde.

J'ai fait de loyaux efforts, l'autre jour, pour voir du moins un des villages nègres de l'esplanade des Invalides. J'ai dû y renoncer. On fait la queue pendant des heures avant d'entrer; il y faut une patience de fakir.

Heureusement, j'ai découvert en dehors de l'Exposition, plus loin que le Trocadéro, un autre village nègre, un amour de petit village nègre, où personne ne va et où j'ai pu visiter tranquillement mes frères noirs.