Et la mer s'apaisait comme une urne écumante
Qui s'abaisse au moment où le foyer pâlit...
.........
Et la moitié du ciel pâlissait...
.........
Et dans mon âme, aussi pâlissant à mesure,
Tous les bruits d'ici-bas tombaient avec le jour.
.............
Et vers l'Occident seul, une porte éclatante
Laissait voir la lumière à flots d'or ondoyer...

Et alors il semble que tout soit attiré vers cette porte et aille s'y engouffrer:

Et les ombres, les vents, et les flots de l'abîme,
Vers cette arche de feu tout paraissait courir,
Comme si la nature et tout ce qui l'anime
En perdant la lumière avait craint de mourir!
..............
Et mon regard long, triste, errant, involontaire,
Les suivait et de pleurs sans chagrin s'humectait...

Et de l'Image immense, sans effort et comme si tombait seulement un dernier voile diaphane, l'Idée surgit:

Ô lumière, où vas-tu? .........
Poussière, écume, nuit; vous, mes yeux, toi mon âme,
Dites, si vous savez, où donc allons-nous tous?...
À toi, Grand Tout, dont l'astre est la pâle étincelle,
En qui la nuit, le jour, l'esprit vont aboutir!...

Au reste, les Harmonies tout entières (et j'arrive ainsi à l'étude du «fond») ne sont qu'un long et opulent symbole, puisque nul tableau n'y est peint pour lui-même et que toutes les choses décrites y sont représentatives de quelque chose qui les dépasse, soit de la grandeur et de la bonté divines, soit des sentiments que l'homme doit avoir pour Dieu.

M. Deschanel écrit: «Les idées de Lamartine sont inconsistantes; elles flottent à tous les vents du siècle. Il mêle l'Ancienne et la Nouvelle Loi. Dieu est pour lui, tantôt le Jéhovah biblique, tantôt le Christ, tantôt l'Esprit-Saint, avec toutes sortes de métamorphoses; tantôt le Dieu du Vicaire savoyard, à moitié rationaliste; tantôt l'Âme de la Nature, et la Nature elle-même, confondues; de sorte qu'on l'accusa de panthéisme, non sans apparence.»

Cela est très bien dit. Seulement, où M. Deschanel semble mettre un reproche, je mettrais une louange. L'éminent professeur dit encore mieux, un peu plus loin: «Les Harmonies parcourent au hasard, si l'on ose dire, toute la gamme des concepts sur l'idée de Dieu. C'est moins le panthéisme philosophique que le panthéisme lyrique.»

Ici, je souscris pleinement, je ne repousse que ces deux mots: «au hasard». Ces «psaumes modernes», comme Lamartine avait voulu les nommer, sont en effet un vaste cantique au Divin perçu et considéré successivement dans toutes ses manifestations et tous ses modes; mais ils suivent, si je ne m'abuse, une espèce d'ordre logique, naturel,—et ascendant.

1o C'est d'abord le développement, en quatre ou cinq magnifiques symphonies, de ce délicieux psaume énumératif de François d'Assise, où l'âme légère et si douce de ce saint de plein air invite toutes les créatures à louer Dieu,—avec, peut-être, des réminiscences de ces charmantes hymnes du Bréviaire romain, pour Matines, pour Laudes, pour Vêpres, etc., où le rapport de chaque prière avec l'heure du jour est si gracieusement indiqué, et où l'on dirait que pénètre un peu de la nature, comme un rayon de soleil qui vient tomber sur le tabernacle, ou comme une branche de feuillage aperçue par le vitrail entr'ouvert: