Sur quoi, pris d'un vieux scrupule chrétien,—dans une période embrouillée, inachevée peut-être, et dont il n'est presque pas possible de saisir la construction grammaticale,—il s'efforce de distinguer entre «le Tout» des panthéistes, «ce second chaos... où Dieu s'évapore... où le bien n'est plus bien, où le mal n'est plus mal», et «le Tout» orthodoxe, «centre-Dieu de l'âme universelle»... Mais enfin, il reconnaît qu'il n'y voit goutte; et il s'en tire par ce que j'appellerai une loyale défaite. Il fait dire à Dieu:
Tu creuseras en vain le ciel, la mer, la terre
Pour m'y trouver un nom; je n'en ai qu'un: Mystère.
Mystère, ô saint rapport du Créateur à moi!
Plus tes gouffres sont noirs, moins ils me sont funèbres
J'en relève mon front ébloui de ténèbres!
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Et je dis: «C'est bien toi, car je ne te vois pas!»
En d'autres termes, il renonce à comprendre; il se récuse,—avec un geste sublime...
Revenons au Livre primitif. Donc, l'homme est le fils de Dieu et l'interprète de la création; mais il y a, dans la création, des choses qui ne sont vraiment pas commodes à interpréter. Nous rencontrons ici le problème de l'existence du mal:
Le sage en sa pensée a dit un jour: «Pourquoi,
Si je suis fils de Dieu, le mal est-il en moi?
Si l'homme dut tomber, qui donc prévit sa chute?
S'il dut être vaincu, qui donc permit la lutte?
Est-il donc, ô douleur! deux axes dans les cieux,
Deux âmes dans mon sein, dans Jéhovah deux dieux?»
Lamartine répond comme il peut, ni mieux ni plus mal que ceux qui ont répondu avant lui. Le Seigneur, dit-il, emporta l'âme du sage
Au point de l'infini d'où le regard divin
Voit les commencements, les milieux et la fin,
Et, complétant les temps qui ne sont pas encore,
Du désordre apparent voit l'harmonie éclore:
«Regarde!» lui dit-il.
Et il paraît que le sage comprit instantanément. Il comprit la partie par le tout: