Il nous a raconté la vieille fille qui se dévoue à son jeune frère infirme[27]; la fiancée de l'officier de marine attendant depuis dix ans celui qui ne revient pas[28]; l'idylle de la bonne et du militaire[29]; la nourrice qui se met chez les autres pour entretenir un mari ivrogne et qui, revenant à la maison, y trouve son enfant mort[30]; l'adolescent qui, ses études faites, apprend de sa mère qu'il est fils naturel et qu'elle a des dettes, et, renonçant à ses rêves, se fait petit employé pour la nourrir[31]; l'amitié du vieux prêtre plébéien et de la vieille demoiselle noble[32]; la tristesse de la jeune femme séparée[33]; les passions rentrées, les dévouements muets, les douleurs peu tragiques, ridicules même à la surface, qui ne sautent pas aux yeux et qu'il faut deviner.

[Note 27: Le Reliquaire: Une sainte.]

[Note 28: Poèmes modernes: l'Attente.]

[Note 29: Ibid., le Banc.]

[Note 30: Les Humbles: la Nourrice.]

[Note 31: Ibid., Un fils.]

[Note 32: Ibid., En province.]

[Note 33: Ibid., Une femme seule.]

Ce fut, à son moment, une chose assez neuve que cette épopée des Humbles, hardiment et habilement familière, beaucoup plus «réaliste» que les essais analogues de Sainte-Beuve et qui marquait dans la poésie un mouvement assez pareil à celui qui emportait le roman.

Sans doute Victor Hugo avait chanté les petits dans la Légende des siècles[34]; mais, ne pouvant se passer de grandeur sensible, il nous avait montré des infortunes dramatiques, des douleurs désespérées, des sacrifices éclatants. La plupart des héros de M. Coppée passent dans la foule, les épaules serrées dans leurs habits étriqués, et n'ont pas même de beaux haillons qui les signalent: mais il nous dévoile, doucement et comme tendrement, la tristesse ou la beauté cachées sous la médiocrité et la platitude extérieure. Rien de plus humain que cette poésie, où les détails les plus mesquins deviennent comme les signes de la beauté cachée ou du drame secret d'une vie et parlent un langage attendrissant.