La troisième partie se pourrait résumer ainsi:—L'enfant est un mystère rassurant.—La femme est une énigme inquiétante.—Soyons bons.—Évitons même les petites fautes.—Dieu est grand. Nos batailles font à son oreille le même bruit qu'un moucheron.—La nature est mystérieuse.—C'est l'ombre qui a fait les dieux.—Les prêtres sont horribles.—L'âme est immortelle: nous retrouverons nos morts.—Le monde est mauvais: tout est nuit et souffrance. Le monde est bon. Ténèbres, je ne vous crois pas. Je crois à vous, ô Dieu! Ombre! Lumière!

Il est beaucoup question de littérature dans la quatrième partie. Et voici les pensées qu'on y trouve:—Les poètes primitifs aimaient la nature, et elle leur parlait.—J'ai fait de la critique quand j'étais enfant, mais j'ai reconnu l'absurdité de cette occupation.—La tragédie classique sent le renfermé. De l'air! de l'air!—Le bon goût est une grille. Le critique est un eunuque, etc.—Shakespeare est sublime.—Brumoy est un âne.—Le rire est une mitraille.—Laharpe, Lebatteux, Patouillet, Rapin, Bouhours, etc., sont des ânes et des pourceaux.—La nature fut la nourrice d'Homère et d'Hésiode.—Tous les grands hommes et les penseurs sont insultés, Mazzini par Thiers, Washington par Pitt, Juvénal par Nisard, Shakespeare par Planche, Homère par Zoïle, etc.....—Les poètes sont les guides du genre humain.—Les sommets sont dangereux; on y a le vertige.—Les grands hommes sont malheureux, parce qu'ils sont les enclumes sur lesquelles Dieu forge une âme nouvelle à l'humanité.

Voilà le premier volume.

Le second... Me croirez-vous si je vous dis que c'est la même chose, et que chacune des «sept cordes de la lyre» rend sensiblement le même son?—Cela commence, toutefois, par une série de pièces moins impersonnelles, où le poète nous dit sa vie, se raconte plus familièrement, se confie à ses amis.—Tu me dis que j'ai changé, écrit-il à l'un d'eux. Non, je n'ai pas changé; je veux toujours le peuple grand et les hommes libres, et je rêve un avenir meilleur pour la femme. Seulement je suis plus triste.—Lorsque j'étais enfant, la France était grande.—À une religieuse: Priez! ne vous gênez pas, je comprends tout.—À un enfant: Aime bien ta mère et soutiens-la.—J'ai beaucoup souffert, j'ai été proscrit et fugitif, mais j'avais la conscience tranquille.—«À deux ennemis amis»: Réconciliez-vous. Vous êtes trop grands l'un et l'autre pour vous haïr.—Sur la mort de Mme de Girardin: Elle s'en est allée... La foule ne comprend pas les grandes âmes... Je voudrais m'en aller aussi.—Je rêve aux morts; je les vois.—Je méprise la haine et la calomnie.—Idem.—Je travaille: le travail est bon.—Je suis las; mais quelqu'un dans la nuit me dit: Va!—Je rentrerai, comme Voltaire, dans mon grand Paris.

Puis, ce sont des pièces d'amour. J'en mets à part trois ou quatre, qui sont exquises. Les autres sont absolument semblables aux Chansons des rues et des bois.

Puis, une suite de fantaisies. Quelques jeux de rimes. De courtes scènes dialoguées dont le fond se réduit à ceci: que la femme est fragile, qu'elle est contredisante, qu'elle est capricieuse, qu'elle aime les soldats, qu'elle aime les mauvais sujets. Enfin, quelques chansons, qui ne sont pas toutes les meilleures que Victor Hugo ait écrites.

Tout cela fait sept cordes (à la vérité, il serait difficile de les nommer avec précision; il semble pourtant que les sept livres que nous venons de parcourir pourraient s'intituler: Humanité, Nature, Philosophie, Art, Foyer, Amour, Fantaisie). Mais, le poète ayant écrit:

...Et j'ajoute à ma lyre une corde d'airain,

il y a un huitième livre, tout de colère et d'indignation, dont voici à peu près le canevas: Rois, je ne suis qu'un passant, mais je vous dis que vous êtes infâmes.—Il ne fallait point détruire la Colonne parce que, ce qu'elle glorifiait en réalité, ce n'était point le despotisme, mais la gloire d'un peuple et la Révolution délivrant l'Europe.—Je flétris pareillement ceux qui ont tué les otages, et ceux qui ont massacré les soldats de la Commune.—Un tout petit roi m'a chassé de Belgique: je ne daigne pas m'en apercevoir.—Nous sommes vaincus, mais j'attends la revanche; la France vaincra, parce qu'elle est Lumière.—Après la libération du territoire: Je ne me trouve pas délivré; je ne le serai que lorsque nous aurons repris Metz et Strasbourg.—Aux historiens: Ne cherchez pas à expliquer les traîtres; on croirait que vous les excusez.—Vous n'arrêterez pas la Démocratie montante.—Toutes les fois qu'un crime se préparera contre le peuple, ma conscience rugira...

En deux mots, maintenant: «Tout est obscur. Tout est clair. La nature rêve et voit Dieu. Haine au passé. Les rois et les prêtres sont infâmes. Le peuple est sublime. Ô l'enfant! Ô la femme! Pardonnons, aimons. Les poètes sont des mages. Toinon, c'est Callirhoé.» Vous n'extrairez rien de plus de Toute la Lyre,—et pas grand'chose de plus des quinze volumes de vers lyriques de l'immense poète.