«Le soleil tombait d'aplomb sur les labours... L'odeur forte de la terre fraîchement écorchée se mêlait aux exhalaisons des corps en sueur... La grande fille, chatouillée par la bonne chaleur, riait vaguement, s'attardait, ses seins crevant son corsage...—N... de D...! fit l'homme; arriveras-tu, s...pe?»
L'optimisme de M. Renan ira croissant. Ce sage publiera un nouveau drame philosophique intitulé le Dernier Pape. Cela se passera au vingtième siècle. Le pape Pie XI annoncera par une suprême encyclique (Gaudeamus, fratres) à ce qui restera du monde chrétien qu'il remet ses pouvoirs aux mains de l'Académie des sciences de Berlin. Il croira le temps venu de la solution oligarchique du problème de l'univers.
À ce moment, l'élite des êtres intelligents, maîtresse des plus importants secrets de la réalité commencera de gouverner le monde par les puissants moyens d'action dont elle disposera, et d'y faire régner, par la terreur, le plus de raison et de bonheur possible. Cette élite n'aura pas de femmes; la femme restera la récompense des humbles, pour qu'ils aient un motif de vivre... Mais ce délicieux rêve oligarchique réalisé, les sages ne pourront bientôt plus supporter leur propre sagesse, leur propre toute-puissance, ni leur solitude.
Le désir de la femme les mordra au cœur; et la femme, introduite dans la place, les trahira, livrera au peuple les secrets des savants et les machines par lesquelles ils terrorisaient la multitude. Ou bien ces machines rateront entre les mains de leurs inventeurs. Et ce sera un beau gâchis, et tout sera à recommencer. Et vite il faudra une religion nouvelle. Ou bien l'ancien Pape reprendra la tiare et déclarera apocryphe l'encyclique Gaudeamus, fratres.—Et M. Renan se consolera: car «la raison a le temps pour elle, voilà sa force. Elle traversera des successions de pourriture et de renaissance. Les essais sont incalculables...»
Et le commencement du drame sera:
«Le pape dans son laboratoire, au Vatican. Les fourneaux, les alambics et les cornues cachent presque entièrement les fresques peintes par Raphaël. Il rêve et murmure à mi-voix: Dieu n'était pas: il est tout près d'être... Mais, qui sait si la vérité n'est pas triste?... Vive l'Éternel!.. L'idéal existe... Heureux les simples!...
Ce drame sera expressément écrit pour la Comédie-Française, et le rôle du Pape sera joué par M. Coquelin aîné.
Le roman de M. Paul Bourget s'appellera Péché d'Islande. Pourquoi? On ne sait pas. Robert d'Ancelys, flétri par les turpitudes de la vie de collège, puis régénéré par un crime d'amour, n'aura plus pour principe d'action que la religion de la souffrance humaine. Et alors il se donnera pour mission d'avoir pitié des femmes blessées, et surtout d'être le dernier amant de celles qui approchent de l'âge où l'on n'en a plus. Il étendra sa miséricorde sur trois femmes à la fois. L'une demeurera rue de Varennes, l'autre au Parc Monceau, la troisième aux Champs-Élysées; et toutes trois ressembleront à des portraits de Botticelli ou de Léonard de Vinci. Et Robert les consolera doucement—oh! si doucement!—mais elles voudront être aimées, non consolées; et puis elles ne comprendront pas qu'il en console trois en même temps. Mais lui ne comprendra point qu'elles n'aient pas compris, et ce sera très subtil, et tous les quatre s'écrieront: «Oh! la cruelle énigme!» Et il y aura un grand appareil d'analyse psychologique, et comme une trousse de chirurgien étalée; et, dans les appartements et dans les écuries, un grand confort anglais.
Et voici les premières lignes:
«Tous les observateurs ont remarqué ce qu'il y a de troublant, d'alliciant et de profondément nostalgique dans le regard des femmes qui offrent cette particularité d'avoir des yeux bleus avec des cheveux bruns,—surtout quand ces femmes appartiennent à une race douloureusement affinée par des siècles de vie élégante et artificielle. C'est un de ces regards, imprégnés d'exquise malfaisance, que voilaient, à cette heure crépusculaire qui suit le five o'clock tea, les longs cils,—ah! si longs!—de la comtesse Alice de Courtisols qui, blottie sur un pouf, à l'abri d'un paravent anglais, etc..»