—Dieu! laissa tomber Hermann.

—Ne croyez-vous pas en Dieu? fit impérieusement le vieux roi.

Hermann baissa les yeux et ne répondit point. Christian pétrissait de ses doigts maigres les bras du fauteuil de son ancêtre Otto III, qui, croyant en Dieu et sentant Dieu avec lui, fit mourir cinq cent mille hommes sur les champs de bataille, conquit de vastes territoires et fut un grand prince.

—Pardonnez-moi, mon père, reprit doucement Hermann, et rassurez-vous. Je crois à mon devoir, et je crois à mon droit. Si je n'ai pas, comme mes ancêtres, la claire conscience d'être directement investi par un dieu empereur des rois, je me sens investi par ces ancêtres eux-mêmes et par les générations qui leur ont obéi à travers les âges. Mon droit, s'il ne me vient pas du ciel, me vient du passé, et, s'il ne me vient pas d'en haut, il me vient d'en bas. Le peuple d'Alfanie a témoigné jusqu'ici qu'il m'aimait. C'est son consentement, c'est l'accord de sa pensée avec la mienne qui me confère mon droit divin. Après tout, cela revient au même, si vous y réfléchissez. Ayons donc confiance.

—Mais, s'il arrivait que votre pensée se trouvât en opposition avec celle d'une portion considérable de votre peuple, de la plus aveugle et de la plus dominée par ses instincts, que feriez-vous?

—Ce ne pourrait être qu'un malentendu, puisque je ne voudrai jamais que leur bien. Ce malentendu, je m'appliquerais à le dissiper par quelque témoignage éclatant de ma charité pour eux.

—Et, s'ils refusaient de comprendre?

—Je leur imposerais ma volonté, la sachant droite et bonne.

—Même par la force?

—J'ai confiance qu'ils ne me réduiront jamais à cette nécessité.