—J'y vais tout de suite, madame.

Kate n'était pas seulement ravie d'aller flâner un peu: elle était contente d'obéir à Frida, qu'elle aimait pour sa grâce et sa bonté, et pour d'autres raisons encore dont elle ne se rendait pas clairement compte. Par tout ce que Frida, dans ses propos familiers, laissait entrevoir de ses rêves humanitaires et de ses utopies charitables, Kate devinait confusément que les idées de sa maîtresse impliquaient une tolérance candide et presque illimitée. Sans doute la grâce chaste de Frida inspirait à la ribaude un respect involontaire, et elle eût été écrasée de honte, pensait-elle, si la dame avait su comment elle vivait: mais elle était sûre que, même alors, Frida ne l'eût pas traitée rudement. Et, enfin, depuis qu'elle soupçonnait Frida d'avoir un amant, sans croire pour cela la distance morale abrégée entre elles deux, Kate la chérissait encore davantage.

—Ça m'aurait surpris si elle s'était fait tirer l'oreille, grogna
Günther. Allons, va, et ne t'attarde pas à causer avec les garçons.

—Ça lui arrive donc quelquefois? dit Frida.

—Que trop, madame.

—Mais Kate est une fille sage, et elle sait ce qu'il est permis de dire et d'entendre.

—Pardi! fit la ribaude.

—Vous croyez toujours le bien, vous, madame, dit le garde.

—C'est meilleur que de croire le mal, et ça ne coûte pas plus cher. Et, parfois, on fait naître le bien en y croyant… Allez, Kate, et ne soyez pas trop longtemps tout de même.

Quand la fille fut sortie: