—Oh! moi, madame, si j'étais à la place de monseigneur, ce n'est pas ça qui m'empêcherait de dormir.
—Günther!
—Voulez-vous mon opinion? On n'en a pas encore assez dégringolé.
—Comment pouvez-vous dire cela, Günther? Songez qu'on a ramassé, parmi les morts, des femmes et des enfants.
—C'est fâcheux, je ne dis pas. Mais c'est leur faute. Pourquoi se trouvaient-ils là? Ce n'était pas leur place. Quant aux autres…
—Il y avait peut-être parmi eux bien des souffrants, des désespérés. Les riches sont quelquefois bien durs pour les pauvres. Tout n'est pas pour le mieux dans la société, Günther.
—Oh! moi, madame, je n'en cherche pas si long. Il faut des riches et des pauvres, parce que ça s'est toujours vu, que ça se verra toujours et que ça ne cesserait que pour recommencer. Il est probable que c'est dans la nature… Ceux qui veulent tout changer dans le gouvernement sont, la plupart, des fainéants et des pas-grand'chose, je l'ai souvent remarqué. D'ailleurs, si vous voulez mon idée, ce n'est peut-être pas pour être heureux que nous avons été mis sur la terre. Et, d'un autre côté, si chacun acceptait son lot et faisait son devoir dans le coin où il est, il resterait peut-être encore bien de la misère, mais il y en aurait moins, c'est moi qui vous le dis.
—En d'autres termes, Günther, si on ne cherche pas à rendre les hommes meilleurs et plus charitables, on n'arrivera jamais à les rendre moins malheureux?
—C'est bien ce que je pense, madame.
—Oui, mais, pour que les pauvres puissent devenir meilleurs, ne faut-il pas que les riches le deviennent d'abord eux-mêmes? N'est-ce pas à eux de commencer?