—Je l'espère, dit Frida un peu inquiète.
—Alors, venez, dit la vieille femme.
Et elle effleura d'un baiser de religieuse le front de la jeune fille.
—Mais vous, dit Frida, qu'êtes-vous devenue depuis que nous nous sommes quittées? Comment êtes-vous venue à Marbourg? Comment y avez-vous vécu?
—J'ai fait la classe à des enfants, et les pauvres m'ont nourrie… Mais qu'est-ce que cela fait? J'ai pu vivre, puisque me voici. Il est question de bien autre chose!
Et, rapidement, d'une voix qui martelait les mots:
—Le moment est venu d'agir… Le peuple a tant souffert qu'il est prêt… Plus tôt que je n'aurais cru… Jamais l'occasion ne sera meilleure… Le peuple, enfin, touche du doigt son rêve… Qu'y a-t-il entre son rêve et lui? Rien, presque rien. Il n'y a derrière le prince Hermann qu'un enfant rachitique et ce misérable Otto, méprisé même des siens. Supposez qu'Hermann disparaisse: de lui-même le trône croule… C'est la révolution, et c'est la République pour commencer… Voilà ce que j'avais à vous dire…
Ses yeux flambaient sous ses bandeaux blancs. Elle tira de dessous sa mante un revolver et le posa sur un guéridon.
—Le peuple, continua-t-elle, a condamné Hermann à cause de sa dernière tuerie… Il compte sur vous pour l'exécution de la sentence.
—Sur moi?… sur moi?…