Christian XVI allait chaque jour s'affaiblissant. Toutefois, il avait tenu à revêtir, pour la cérémonie de l'abdication, son uniforme militaire. Mais, le trône étant trop incommode et trop dur, on avait dû installer le roi, au bas de l'estrade, dans son fauteuil roulant d'infirme.

La régente entra la première, tenant par la main le petit Wilhelm, fier de son costume de colonel de la garde.

—Sire, dit-elle, bénissez votre petit-fils.

Le vieillard posa sa lourde main noueuse sur cette grosse tête d'enfant chétif:

—Petit enfant, petit roi venu si tard, que Dieu te donne l'esprit de foi, de force, de justice et de prudence! Qu'il te fasse toujours connaître la vérité! Et puisses-tu être moins troublé et plus heureux que ton père!

Quand la cour, en grand deuil, se fut rangée des deux côtés de l'estrade, le roi Christian, d'une pâleur de cire, sa barbe blanche étalée sur sa tunique et cachant à moitié le grand cordon de l'Aigle-Bleu, dit, d'une voix édentée et chevrotante:

—Monsieur le grand chancelier, veuillez donner lecture de notre acte d'abdication et de celui par lequel nous instituons Son Altesse royale la princesse de Marbourg régente du royaume.

Le grand chancelier, comte de Moellnitz, debout devant une table carrée couverte d'un tapis de pourpre à crépines d'or—la table royale des mélodrames historiques—déroula un parchemin d'où pendait un sceau rouge plus large qu'une hostie, et, scandant les phrases d'un hochement de sa petite tête d'oiseau déplumé, il lut avec une lenteur et des intonations d'archevêque officiant:

«Nous, Christian XVI, par la grâce de Dieu, roi d'Alfanie, à tous présents et à venir, salut.

«Considérant…»