Une rumeur venue du dehors couvrit sa voix. Le roi avait voulu, ce jour-là, qu'on laissât à ses sujets une certaine liberté dans la rue et qu'on leur ouvrît même ses jardins, comptant que le souvenir des deux meurtres tragiques et l'âge tendre du petit roi orphelin toucheraient l'âme enfantine du peuple. La foule s'était donc amassée sous les fenêtres de la salle du trône, simplement curieuse d'abord et incertaine de ses propres sentiments. Mais des gens s'étaient glissés à travers les groupes, semant des propos; des mains furtives avaient distribué des feuilles qui démontraient l'injustice de la condamnation à mort prononcée, la veille, contre Audotia Latanief, l'odieux des accusations portées contre tout le parti socialiste et l'insolence du décret qui confiait la régence à la plus impopulaire des princesses… Et, maintenant, un souffle d'émeute grondait aux pieds du palais.
Moellnitz interrompit sa lecture. La clameur croissait, confuse et menaçante.
—Montrez-vous, madame, dit le roi à Wilhelmine.
Un huissier ouvrit une fenêtre, et la princesse s'avança sur le balcon.
La clameur s'engouffra, plus forte et plus distincte, dans la salle du trône. Des cris se détachèrent:
—A bas la régente!
Wilhelmine, la tête haute, demeurait immobile sous ses voiles noirs.
Alors Christian XVI se fit rouler, dans son fauteuil de mourant, auprès de la princesse.
Le peuple se tut en voyant le vieux souverain. Ce fut un vaste silence glacé, fait de respect sans amour.
Brusquement, la princesse rentra dans la salle; elle alla prendre le petit Wilhelm, qui tremblait de tous ses membres et balbutiait: «Maman, j'ai peur,» souleva l'enfant dans ses bras et le présenta au peuple.