—Vous ne parlez pas sérieusement, Hermann?
—Pauvre petit! dit le prince. Ce qu'il te faudrait, ce serait le grand air, la vie libre et naturelle, la bataille avec d'autres gamins, et le moins d'égards possible. Seulement, voilà! Ou tes camarades te traitent déjà comme un petit roi, et cela est horrible, ou bien ils oublient de te respecter, et alors on les rappelle au sentiment de la hiérarchie… D'ailleurs, continua-t-il en tâtant les bras de l'enfant, fragiles comme des osselets d'oiseau, peut-être qu'on a raison, car tu n'es guère en état de te défendre toi-même… Va donc, pauvre petit, va jouer tout seul.
Le prince disait cela d'un ton si triste et si âpre que l'enfant, effrayé, fondit en larmes.
—Qu'est-ce qu'il a? Il a cru que je le grondais… Je suis stupide.
Hermann prit l'enfant sur ses genoux, le serra sur sa poitrine, en appuyant, sa barbe contre la petite joue mouillée.
—Wilhelm, mon chéri, qu'est-ce que tu as?… Mais je ne te gronde pas… Au contraire… Je suis ton papa qui t'aime bien… Veux-tu que je te donne un beau joujou? Veux-tu que je te raconte une belle histoire?
L'enfant fit signe que non. Jouer le fatiguait. Son jeu favori était de rester des heures entières dans son petit fauteuil, immobile, comme en représentation. Et, quant aux belles histoires, il avait le coeur encore trop gros pour en vouloir entendre. Il ne pleurait plus, mais, secoué d'un reste de sanglots, il jeta ses bras autour du cou d'Hermann.
Alors Wilhelmine, suivant toujours sa pensée:
—Puisque, vous l'aimez, Hermann, pensez à lui et gardez-lui son héritage.
L'importune avertisseuse, qui ne le laissait pas être père, simplement!
Il répliqua: