Insensiblement, il avait poussé Frida, devant lui, dans un coin du salon. La jeune fille s'était assise et, tout en jouant de son éventail de l'air le plus indifférent du monde:

—Dites-moi, monseigneur, si mon grand-oncle le marquis de Frauenlaub n'avait présentement quatre-vingts ans, si je n'étais seule au monde et sans autre défenseur naturel que le roi, dont vous savez bien que je n'implorerai pas le secours, auriez-vous osé me parler comme vous venez de le faire?

—Des phrases!… dit Otto. Je vous croyais plus intelligente.

—C'est vous qui raisonnez mal, monseigneur. A supposer que j'eusse l'âme révolutionnaire que vous voulez bien me prêter, quels sentiments croyez-vous que pût m'inspirer un prince de votre espèce et qui vivrait comme vous vivez?

Elle détachait et martelait les mots, tranquillement méprisante. Il se remit à ricaner:

—Vous êtes gentille quand vous êtes en colère.

—Je ne vous ai donné aucun droit de me parler sur ce ton, monseigneur.

—Je vous parle en bon garçon… Si vous le prenez comme ça, mettons que je n'ai rien dit. Ce que je vous ai proposé ne devient une offense que lorsque c'est mal reçu; autrement, c'est un hommage, et dame! je ne pouvais pas savoir comment vous le recevriez. N'en parlons donc plus. Je ne vous en veux pas. On m'avait bien dit que j'arriverais trop tard, et je sais trop ce qu'on doit à un frère aîné…

Frida se leva vivement et, toute frémissante d'indignation:

—Vous m'outragez lâchement, monseigneur.