—Voilà une parole de trop, mademoiselle de Thalberg, dit le prince Otto, en s'inclinant avec un mauvais sourire.

Quand il se redressa, son frère était devant lui.

—Je te dérange? dit Hermann.

—Pas du tout. Et, tiens! je te la rends, dit Otto en désignant du regard
Frida, qui regagnait la porte de la terrasse…

La princesse Wilhelmine, assise au milieu d'un cercle de dames de la cour et de femmes de ministres et de chambellans, avait suivi de loin le manège d'Otto avec Frida de Thalberg. Elle avait vu qu'Hermann les observait de son côté avec une impatience mal contenue, et, lorsqu'il était intervenu, une ombre avait passé sur le calme visage de la princesse royale.

VII

L'immense terrasse, garnie d'orangers où brillaient doucement, ce soir-là, des lanternes jaunes, dominait la partie du jardin royal qui s'étendait vers le fleuve. En face, le miroitement d'un large canal et, de chaque côté, le moutonnement, bleuâtre sous la lune, des cimes rondes d'arbres centenaires. Les branches des marronniers les plus proches touchaient les balustres de marbre.

C'est là que Frida s'était réfugiée. Appuyée sur la balustrade, elle respirait la fraîcheur de la nuit. Le prince Hermann vint s'accouder auprès d'elle.

D'autres couples, répandus sur la terrasse, s'entrevoyaient çà et là, à la lueur tamisée des lanternes vénitiennes, parmi les antiques orangers, si serrés et si hauts qu'ils formaient des bosquets et des allées.

Hermann se tut quelques instants, comme s'il eût craint, en parlant, de rompre un charme. Enfin, il dit à son amie: