—Cela vous est donc, tout à fait égal que je sois prince, Frida?

—Non, mon ami. Je suis heureuse, au contraire, que vous soyez puissant, que vous occupiez sur terre la place que les hommes envient et honorent le plus. Mais, en même temps… faut-il tout dire?… une chose m'inquiète. Si vous alliez croire que je vous aime parce que vous êtes prince! Ou bien si, à mon insu, c'était en effet à cause de cela que je vous aime?

Une vraie, une naïve angoisse faisait trembler sa voix. Hermann se serra davantage contre elle. Elle le laissa faire; elle murmurait:

—Mais non! Je sens que, si je vous aime, c'est parce que, bien qu'étant prince (elle eut sur ce mot une inflexion d'une malice innocente), vous êtes le meilleur, le plus généreux, le plus doux des hommes et qu'il me semble qu'en vous adorant j'ai l'approbation de tous les malheureux.

—Ah! petite amie, soupira Hermann, si je pouvais être avec toi, te voir et t'entendre toujours, toujours!…

Mais quelques-unes des ombres qui erraient sur la terrasse passèrent non loin d'eux. Hermann s'aperçut que leur tête-à-tête avait déjà trop duré.

—Écoute, dit-il rapidement, tu es censée m'avoir demandé un congé pour te rendre auprès de ton grand-oncle… Je serai terriblement occupé tous ces temps-ci; mais, enfin, je saurai bien, sous prétexte de promenade ou de chasse, t'aller retrouver quelquefois dans notre ermitage d'Orsova… Tu recevras chaque fois l'avertissement dont nous sommes convenus. Tu partiras dans quelques jours. Est-ce dit?

—C'est dit… Et Audotia?

—Je fais grâce aux condamnés de la dernière émeute. Ce sera un de mes dons de joyeux avènement.

—Merci, mon cher seigneur. Du plus profond de mon coeur, merci!