—Bonsoir, grand-père.
La voiture entra, suivit une allée tournante et déposa la voyageuse à la porte d'un pavillon assez vaste, à toiture basse, et entouré d'une terrasse à balustres de pierre.
—Avez-vous fait un bon voyage, madame? demanda la fille.
—Merci, Kate. Ma chambre est prête?
—Oui, madame.
Frida ouvrit sa fenêtre. Les massifs du parc et, par delà, les cimes immobiles de la forêt dormaient sous le ciel laiteux. Nul bruit qu'un froissement de feuilles ou la fuite d'une bête nocturne. La pensée de Frida devenait religieuse dans ce silence et cette sérénité. Et son coeur se gonfla d'une espérance infinie.
IX
On lisait dans les «échos» du Figaro et du Gaulois, à la date du 10 septembre 1900:
«Chasse à courre, hier, à Montclairin, chez le baron Issachar. Son Altesse royale le prince Otto d'Alfanie conduisait la chasse. Les honneurs du pied ont été faits à la duchesse de Beaugency. Le soir, un grand dîner réunissait les hôtes du baron dans la célèbre galerie des Primatice. Remarqué, parmi l'illustre assistance, le marquis de Baule, le baron et la baronne Onan, le comte et la comtesse de Messas, le vicomte de Mizian, le duc et la duchesse de Villorceau et M. Dubois (de l'Eure).
Généralement, les «échos» de ce genre revenaient à Issachar, tout compte fait, à deux ou trois cent mille francs: soit cinquante mille environ pour l'ensemble des frais de réception, et, chaque soir, une quarantaine de mille francs pour le jeu du prince Otto. Or, le prince avait coutume, depuis des années, de passer toute une semaine à Montclairin, tant il avait d'amitié pour le baron.