—Qu'est-ce qu'il te faut? Tu refuses encore?

—Ah! oui, je refuse!

—Tu n'es pas aimable. Je te croyais plus… Voyons, qu'est-ce que tu as contre moi?

—Tu veux le savoir?

—Oui, j'aime autant.

—Tu y tiens beaucoup?

—Mais va donc!

—Eh bien, j'ai que la pensée d'être ici ton complice me fait horreur. Veux-tu que je te dise pourquoi tu viens mendier pour ce pauvre baron Issachar? C'est que ce juif te tient à la gorge, toi, deuxième prince du sang; c'est que tu lui dois plus de douze millions et qu'il juge que l'heure est venue de t'acquitter; c'est que, ce matin même, tu as reçu la visite de son homme d'affaires, qui t'apportait ses dernières sommations. L'ingrat ne se souvient plus qu'il a été ton cher ami, qu'en retour de l'honneur que tu lui faisais d'être son hôte tu te contentais d'un modeste bénéfice de deux mille louis, chaque soir, au baccara… Oui, c'était réglé comme un papier de musique. C'était ton indemnité de déplacement, et même tu ne te déplaçais que pour l'indemnité. Il trouve maintenant que c'est trop cher, surtout en y joignant les autres petites sommes que tu daignais lui emprunter. Il trouve que l'honneur de ton amitié ne vaut plus ça et qu'il a fait un marché de dupe. Et il te met en demeure de payer, n'importe de quelle façon… Ah! oui, tu es un joli prince! Ta pauvre femme, qui, pendant ce temps-là, vit comme une recluse, écrasée sous la honte et la douleur, sanglotait encore l'autre jour en me parlant de toi… Tu as si follement et si brutalement abusé de tout que tu en es à présent à rechercher les sensations… excentriques, celles qui mènent au bagne les simples particuliers. Tu as commencé par descendre aux jupes crottées, filles de la rue ou servantes, et tu te déguisais pour courir les aventures de taverne. Puis cela même ne t'a plus suffi… Une des occupations de la police est de te protéger… Non, non, je ne payerai pas à ton juif l'argent de tes vices. La royauté n'est pas un brigandage!

Les phrases tombaient sur Otto comme des soufflets. Il était livide, l'insolence de son sourire un moment tombée, la lèvre tremblante un peu. Mais il se contint:

—Qu'est-ce que tu veux?… Quand on s'ennuie!… Et si tu savais comme je m'ennuie!… Je t'avertis d'ailleurs que tout ce que tu viens de dire est fort exagéré… Mais, enfin, puisque tu sais tout, et même un peu plus qu'il n'y en a, tire-moi de là! Tu vois bien que, si je t'ai parlé, c'est que je ne pouvais faire autrement… Que veux-tu que je devienne?