—Qu'as-tu à sourire?
—Je songe, dit Otto, que tu auras beau faire: tu finiras, bon gré mal gré, par où tu aurais dû commencer. Va, va, j'aurai le plaisir exquis de te voir tirer sur ce bon peuple en qui tu as tant de confiance et que tu aimes tant.
—Mais c'est abominable, ce que tu dis là!
—En quoi? Je constate ce qui est. Qui espères-tu tromper? Les sentiments que tu affiches sont contradictoires à ta fonction. Si tu les éprouvais réellement, ou si tu étais capable de les suivre jusqu'au bout, tu n'aurais qu'une chose à faire: t'en aller. Or tu ne t'en iras pas. Tu resteras pour nous défendre—à coups de fusil s'il le faut—et tu massacreras de pauvres diables, parmi lesquels il y aura certainement quelques braves gens, parce que tu ne pourras pas faire autrement. Te voir patauger dans ces contradictions, ce sera ma première vengeance, à moi qui ne fais pas de phrases et qui ne me pique pas de justice ni de pitié. Et puis… j'attendrai… Je te parle bien tranquillement, selon ma coutume. Mais tu m'as dit tout à l'heure des choses que je ne permets à personne de me dire, pas même à toi… Et je t'avertis que je m'en souviendrai.
—A la bonne heure, dit Hermann, je reconnais mon frère.
XVI
La princesse Wilhelmine fit irruption dans le cabinet royal, tenant le petit Wilhelm dans ses bras et suivie de la gouvernante.
—Hermann! Hermann! cria-t-elle, savez-vous ce qu'on a fait à votre fils?
Son allure était tragique; même, ses beaux bandeaux étaient un peu dérangés. Toutefois, elle gardait son grand air, l'air des Altenbourg. Et c'est pourquoi Hermann, ayant d'ailleurs constaté que l'enfant était intact, demanda avec tranquillité:
—Quoi donc? Qu'arrive-t-il?