La foule n'était plus qu'à deux cents mètres du palais. Elle ne poussait plus aucun cri; mais le bruit de son piétinement était plus redoutable que toutes les clameurs. Hermann aperçut avec netteté, au premier rang, une tête hideuse et qui était évidemment une tête d'assassin. Et, bien que ce ne fût rien ou presque rien et que cette sensation fortuite ne changeât point le fond des choses, il ne fut plus si sûr de son raisonnement. Il pensa:
—Voici une des minutes les plus singulières de ma vie. Il me semble que je joue à pile ou face sur la douceur ou la férocité, sur le bon sens ou la stupidité de cette foule. L'enjeu, c'est tout ce que j'ai cru jusqu'à présent. Je tente une épreuve d'où je sortirai affermi dans mes plus chères idées, ou vidé de toute illusion et dégoûté des hommes à jamais…
Et il cria tout haut, avec un accent de supplication ardente:
—Mon Dieu! faites que ce peuple comprenne! Faites que ce peuple ne soit pas méchant!
—Pauvre Hermann! dit une voix.
Il se retourna et vit son cousin Renaud. Il courut à lui comme quelqu'un qui cherche un refuge ou qui a besoin d'un témoignage:
—Renaud, mon cher Renaud, n'est-ce pas que tu m'approuves, toi? N'est-ce pas que j'ai raison d'avoir confiance?
—Oh! moi, je te l'ai déjà dit, je te plains. Fais comme tu voudras: tu es sûr de mal faire. C'est triste d'être prince à l'heure qu'il est, à moins d'être un nigaud ou un bandit… Je n'ai plus soif que d'une chose: c'est d'être simplement une tête dans la foule.
Il tendit à Hermann un parchemin:
—Tiens, signe-moi ce brevet, que j'ai fait préparer comme nous en étions convenus.