La clameur continuait, menaçante. Hermann se précipita vers la fenêtre et voulut l'ouvrir:

—Je vais me montrer, je vais leur dire…

Renaud le retint:

—Ils vont te huer, mon cher ami. As-tu une tête de boucher? As-tu le mufle et le tonnerre de Danton pour haranguer le peuple?… Mais regarde-nous donc! Ces fonctions-là ne conviennent pas à notre genre de beauté, mon pauvre Hermann.

—C'est vrai, dit le prince.

Il considérait la foule, de plus en plus serrée et houleuse, et il se raidissait dans sa volonté. Il murmurait: «Je ne dois pas… Non… je ne dois pas.» Mais une détresse pire que la mort lui serrait le coeur:

—Ainsi, tu m'abandonnes, Renaud? Tu m'abandonnes au moment où je suis le plus malheureux et quand tous les autres m'ont déjà abandonné? Car, vois-tu, je sens autour de moi le désaveu et le recul de tous ceux qui vivent de la royauté, de tous ceux qui comptaient sur moi comme sur le premier gendarme du pays… Voilà que j'ai contre moi le peuple parce que je suis prince, et tout le reste de la nation parce que j'aime le peuple… Et c'est l'heure que tu choisis pour me quitter!

—Je ne l'ai point choisie, Hermann. Mais que veux-tu que je fasse ici? Je ne puis t'être bon à rien. Tout le monde me regarde comme un fou parce que j'ai voulu vivre à ma guise… On croirait que je t'approuve, et cela encore te ferait tort. Donc, je m'en vais. Je renonce avec enthousiasme à mes droits éventuels à la couronne; je m'évade de la royauté; je disparais. C'est très bon de disparaître.

Cependant, les cris du dehors s'apaisaient. La foule, peu à peu, s'éloignait de la grille basse, s'écoulait vers la droite et s'engageait dans l'avenue de la Reine, qui longeait une des ailes du palais.

C'était sur cette avenue que donnait le guichet de la cour intérieure, pleine de cavaliers et de fantassins, au fond de laquelle se trouvait le poste de police où Audotia Latanief avait été conduite.