-Que vont-ils faire? demanda anxieusement le prince héritier.
-C'est bien simple. Ils ont bon coeur: ils vont, délivrer eux-mêmes leur amie.
-Viens! dit Hermann.
XIX
Il entraîna Renaud par des galeries, des couloirs étroits et tournants, des portes basses, des tronçons d'escalier pratiqués dans l'épaisseur des murailles, car le palais, repris et agrandi à différentes époques, était machiné, dans certaines parties, comme un château de mélodrame. Ils traversèrent le corridor où le prince Manfred avait été assassiné par les ordres de son frère Otto III, la chambre où la reine Ortrude, aidée de son amant, avait étranglé le roi Christian V et la salle basse où le roi Christian VI avait tenu enfermé pendant dix ans, puis laissé mourir de faim le vieux roi Conrad VIII, qu'il accusait d'être dément.
Ils arrivèrent dans une des tourelles d'angle, autrefois prison, aujourd'hui chapelle. De là, par trois fenêtres étroites comme des meurtrières, on découvrait en enfilade toute l'avenue de la Reine et la façade extérieure de l'aile gauche du palais.
Comme ils entraient, ils virent dans l'ombre une femme agenouillée sur un prie-Dieu et toute secouée de sanglots. C'était la princesse Wilhelmine. En apercevant son mari, elle renfonça subitement ses larmes et reprit son air d'impassible dignité avant de se replonger dans son oraison.
Et Hermann lui en voulut de n'avoir pas continué simplement à pleurer.
Il passa derrière l'autel, monta sur l'escabeau qui servait au chapelain pour exposer l'ostensoir dans sa niche, ouvrit une imposte pratiquée dans l'un des étroits et lourds vitraux et regarda dehors.
Les marronniers de l'avenue lui cachaient par places la chaussée et, les larges trottoirs. Voici toutefois ce qu'il vit, de loin, par les percées ouvertes entre les masses de feuillages.