—Rien n'est cependant plus simple, continua Truphêmus en reprenant son attitude professorale: le système nerveux céphalo-rachidien est le siège de la sensibilité et la source du mouvement volontaire; l'action de l'encéphale est indispensable à la perception des sensations et à la manifestation des volontés… Mais où nous sommes arrêtés, c'est lorsqu'il faut décider si l'appareil encéphalique est le producteur de la pensée, ou seulement le metteur en oeuvre de facultés provenant d'une source autre que le jeu du système. Quand je vous disais tout à l'heure que ce qui se produit aujourd'hui me déroute quelque peu, c'est que jusqu'ici j'étais partisan du premier de ces systèmes, c'est-à-dire de la production de la pensée par l'appareil cervical.—Dans le cas qui nous préoccupe—chez Netty—l'appareil s'est développé, mais la pensée est restée stationnaire. Avez-vous compris?

—J'ai compris… dit Aloysius. Alors que faire?

—Je n'en sais rien, reprit Truphêmus. Et vous?

—Je n'en sais rien, reprit Aloysius.

Au même instant on entendit un grand bruit au dehors, comme de nombreux morceaux de verre qui se brisent.

Les deux savants se précipitèrent hors de la maison, dans le parc.

—Où est Netty? cria Aloysius.

Le pavillon violet était construit au milieu du jardin; c'était une cage de grandes dimensions, dans laquelle on avait disposé quelques meubles indispensables, tous couverts en étoffe de même couleur.

C'est là que vivait l'enfant sur lequel les deux chimistes avaient tenté leur grave expérience. C'est de là qu'était venu le bruit. Un grand panneau de verre était brisé.

Mais où était Netty? En vain les deux hommes regardaient de tous côtés. Personne. Ils se mirent alors à faire avec précaution le tour du jardin, chacun d'un côté, se baissant pour inspecter chaque touffe de feuillage.