—La voilà! cria Truphêmus.

Et d'un taillis sous lequel elle s'était dérobée, le savant attira par la main Netty, la fille d'Aloysius.

Certes, qui l'eût vue trois mois auparavant, n'aurait pu admettre qu'il avait devant les yeux la même créature. Netty, l'enfant malingre, était devenue, sous l'influence du système Truphêmique, une grande jeune fille paraissant avoir atteint au moins l'âge de dix-huit ans. Et de fait, c'était une créature admirablement belle. C'était bien elle qu'avait aperçue le jeune rêveur du haut de son observatoire aérien, et son enthousiasme était justifiable. Son corps était un assemblage de toutes les perfections physiques; c'était la vie dans sa manifestation la plus complète et la plus régulière.

Ainsi surprise, la jeune fille se courba pour résister à l'étreinte de Truphêmus et, en vérité, on devinait qu'il lui eût suffi d'un geste brusque pour se dégager. Mais sous l'influence de la honte et de la peur, et elle se mit à pleurer en jetant des cris perçants:

—Non! non! ce n'est pas moi! ce n'est pas moi!

Aloysius accourut de ses deux jambes cliquetantes.

—Ne lui faites pas mal! cria-t-il à Truphêmus.

—Mais je ne l'ai pas touchée! répondit le gros homme en lâchant la main de la jeune fille.

Celle-ci, se sentant libre, courut aussitôt se blottir dans un coin du pavillon, s'accroupit, et élevant son coude à la hauteur de son front, continua à gémir et à protester.

—Voyons! voyons! ma petite Netty! disait Aloysius. Il ne faut pas te désoler comme cela! Eh bien! après tout, c'est un malheur… On ne te mangera pas pour cela…