Il marche, lentement, de long en large, il va de la porte à la fenêtre. Il ne parle pas; aucun son ne s'échappe de ses lèvres. Oh! j'en suis sûr. Je sais que par la tension voulue que j'exerce sur mes facultés, l'ouïe s'est développée en moi d'une façon extra-naturelle. Calculez donc, puisque toute ma force, toute mon énergie de sensation, au lieu de se disséminer sur mes cinq sens, se concentrent en un seul. Un, deux, trois, quatre, cinq… six! Voici l'heure! Écoutons.
Il se passe quelque chose. Je l'aurais juré d'avance. Golding s'est arrêté brusquement. Il a semblé entendre quelque chose. La tête s'est penchée en avant comme pour écouter. Je le sais, parce que j'ai entendu son corps peser tout entier sur la pointe des pieds. Un meuble a remué, c'est qu'il a posé sa main sur le dossier pour ne pas perdre l'équilibre. Ah! ses talons ont de nouveau touché le plancher. Nouveau tressaillement du fauteuil. Il a abandonné ce point d'appui. Il reste immobile. Puis, voilà que d'un pas lourd, méthodique, régulier, d'un pas qui n'est en quelque sorte que l'ombre de cet ancien pas que je connaissais, il s'est approché de son lit. Il ne le défait pas, car je n'entends pas le froissement des draps. Le lit craque dans toute sa longueur, Golding s'est étendu.
Alors, oh! alors! je perçois un bruit sourd, que je reconnais. C'est sa respiration. Elle est lente, à deux temps, comme le soufflet d'une forge. Ce n'est pas le souffle de l'homme qui dort. Je ne me trompe pas, j'en suis certain: Golding est éveillé! Et sa respiration monotone continue à se faire entendre, pour moi seul. Elle n'est pas égale comme son. Parfois, je saisis un soupir plus sonore, qui me rappelle les hou! de Black-Castle, mais comme si la bouche d'où ils s'échappent était serrée sous un bâillon.
Je suis impatient… Mais non, l'heure passe. J'attendrai encore. Je ne veux rien précipiter. D'ailleurs, je perçois encore autre chose. Il se remue sur son lit. Ses bras heurtent quelquefois la cloison, ses jambes s'étirent comme si elles étaient mues par un ressort et vont frapper l'un des montants du lit… Cela est la lutte, c'est la persistance mécanique de l'effort qui lançait sur Golding ses deux acolytes. Est-ce bien cela? En ce cas, la chose est simple. Il faut que, continuant mon travail d'excitation du sens visuel et du sens auditif, je parvienne à lire dans Golding comme dans un livre ouvert, à entendre l'écho de ses pensées, à percevoir ces mots qui se formulent dans son cerveau…
XXVII
Minuit: je commence. Il sera plus facile de percer un trou dans la cloison, et par là, je plongerai sur Golding mon regard investigateur. Et pas d'instruments! Si seulement j'avais un canif! Après tout, où serait la difficulté? Non, de mes ongles, j'ouvrirai une issue dans ce bois. Ah! ils croient que je dors, et ils se disent: «Le fou est calme, ce soir!»
Restez dans votre repos, mes maîtres. Le fou suit raisonnablement un projet conçu… et demain, il saura tout…
Comme ce bois est dur!
XXVIII
Deux nuits ont suffi à ce travail. J'ai dû déployer toute mon énergie; à certains moments, le sang jaillissait de mes ongles. Mais cela me préoccupait peu, je vous jure. Cette nuit, je le verrai dormir. Dort-il d'abord? Je n'en sais rien, et même ce souffle que j'entends à travers la cloison ne me paraît pas celui d'un homme endormi.