Cependant, il ne quitte pas son lit… une seule remarque: il semble que son poids s'alourdisse de plus en plus.
Est-ce que l'entassement des souvenirs et… qui sait? des remords aurait un poids effectif… plus la nuit avance, plus par conséquent les souvenirs s'amassent dans son cerveau, plus j'entends le lit gémir et craquer, comme si ses pensées étaient de plomb.
Que cette journée me paraît longue! Des échecs, je ne me préoccupe plus.
Je joue machinalement, sans y songer, et je le regarde.
Mais c'est singulier. J'aurais pensé que ce travail de perforation se serait accompli plus vite… je ne puis encore rien lire dans ce cerveau. Oh! il y a des moments je voudrais le déchirer de mes ongles comme j'ai déchiré la muraille…
Tiens! un couteau!
XXIX
Comment se trouve-t-il dans ma chambre? D'où vient-il? Qui l'a apporté ici? Un couteau, et dont la lame paraît solide, sur ma foi. Ce n'est pas un couteau de table, ce n'est pas moi qui l'ai pris à la table du repas. On nous surveille trop. Non, non. Je me souviens. Le gardien est entré ce matin; il coupait une pomme. C'est évidemment lui qui a oublié là cet outil…
Un couteau: cela peut servir à tant de choses. Il est bien emmanché, bien en main. Comme on donnerait un bon coup, avec cela… de haut en bas…
Le gardien est venu. Ah! j'ai bien compris pourquoi. Il est inquiet, cet homme, il sait qu'il a laissé son couteau quelque part, et sa responsabilité s'inquiète. Il ne me demande rien tout d'abord. Il me souhaite le bonsoir, mais en même temps il regarde à droite et à gauche. Moi, je suis assis tout naturellement, sur une chaise, devant ma table. J'ai caché le couteau dans ma manche. Pourquoi, après tout? Il serait si simple de lui dire: Mon brave homme! je sais ce que vous cherchez. Voici votre couteau.
Non, je ne lui dirai rien. Tenez, voilà qu'il m'interroge. Oh! sans avoir l'air d'attacher à sa question la moindre importance: