—Est-ce que par hasard vous n'auriez pas trouvé un couteau?

—Un couteau! ici! oh! non.

Si vous voyiez de quel air placide je réponds.

Il est convaincu que je dis la vérité. Comme c'est chose amusante que de tromper. Il jette un dernier coup d'oeil autour de lui, mais, bon gré, mal gré, il faut bien qu'il y renonce. S'il se doutait que je le sens, là, tout près de ma chair, et que le fou—car je suis un fou—se moque in petto de l'homme raisonnable.

Il est parti. Pourquoi ai-je gardé ce couteau? Sur mon âme, je ne pourrais le dire. Mais cet acier froid me cause une agréable sensation. On dirait—oui, en vérité—que cette sensation s'harmonise avec quelque secrète pensée de mon coeur…

Six heures! à mon poste.

XXX

L'ouverture que j'ai pratiquée dans la cloison, est tout étroite. Mon plus petit doigt n'y pourrait passer, mais mon regard pénètre et embrasse, dans la chambre de Golding, un périmètre plus que suffisant. Du reste, je n'ai pas besoin de voir plus loin que son lit.

Il s'est étendu. Il est sur le dos. Les yeux sont à demi fermés; leur expression est vague. Puis peu à peu, ils s'ouvrent, ils sont fixes, ils regardent quelque part. Où? ce n'est pas au plafond.—Que lui importent et le plafond et les quelques moulures de plâtre qui l'entourent? Non, son regard va évidemment plus loin.

Il est étrange que mon attention ne se fatigue pas. Il me semble que je le regarderais ainsi pendant une année entière sans que ma paupière eût un frémissement. Il n'est pas beau, Golding. Sur ce visage d'ordinaire si frais, si rebondi, des rides se creusent… à l'heure sinistre. Un cercle olivâtre borde ses yeux. Évidemment il souffre. C'est un cauchemar qui danse sur sa poitrine. Smarra le tient à la gorge; et sous la pression de cette griffe, à laquelle nulle volonté ne résiste, les sons sortent inarticulés de sa poitrine.