—Nous expliqueras-tu? m'écriais-je à mon tour.

—Demain soir. D'ici là, veillons au départ de notre prisonnier. À demain donc, madame, si vous le permettez.

—Je vous en prie, répondit la veuve.

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Le lendemain, nous étions exacts au rendez-vous. Maurice nous montra d'abord une dépêche télégraphique venant de Bordeaux. Lambert avait été embarqué, et le navire avait mis presque immédiatement à la voile.

—Maintenant, dit Maurice, je suis à vos ordres.

Nous nous plaçâmes autour d'une table, qu'éclairait une lampe à abat-jour. La paralytique contemplait Maurice avec une sorte d'effroi; quant à Mme Duméril, sa pâleur disait assez les émotions terribles qu'elle avait éprouvées depuis la veille.

—Ne croyez pas, dit alors Maurice, qu'il y ait en tout cela rien qui ressemble à la seconde vue ou au magnétisme: non que je nie la terrible puissance d'un agent encore presque inconnu; mais, dans le cas qui nous intéresse ici, il n'y a rien que de fort simple.

Maurice tira de sa poche un rouleau de papiers soigneusement ficelés, les posa sur la table, et à côté d'eux, deux clous, l'un long à tête plate et qui paraissait avoir été serré dans un trou plâtreux, l'autre court et à crochet.

—Avant tout, continua Maurice, il faut que je vous explique comment et pourquoi à première vue, ce Lambert m'a paru tel qu'il était en réalité, et pourquoi dès qu'il m'a abordé, j'ai reconnu que c'était un infâme coquin, ainsi que je l'ai dit le soir même de notre première rencontre à mon ami que voilà.